Echecs de societe

Du côté du Canada : merci à Christine BRASSARD pour cet écrit que je partage à tous points de vue. Même constat en France.

  1. Vouvoiement et manque de civisme à l’école,
  2. hausse de la violence chez les enfants en maternelle et
  3. agressions envers les enseignants.

« Trois réalités qui font les manchettes depuis quelques mois et qui révèlent exactement ce que je dénonce depuis 30 ans. Elles avaient déjà été pointées du doigt, à l’époque, par les enseignantes de mon fils, qui ont été de véritables mentors pour moi lorsque j’allais aider en classe plusieurs heures par semaine : la perte du lien (maternant) avec l’enfant.

NOUS RECOLTONS AUJOURD’HUI CE QUE NOUS AVONS REFUSÉ DE VOIR

On s’étonne, aujourd’hui, que les enseignants décrivent leur école comme un milieu de travail violent. On déplore des enfants qui frappent, mordent, crient, agressent. On parle de manque de civisme. On invente des solutions symboliques, comme le vouvoiement, en espérant calmer la tempête.

Mais ce que nous observons dans nos écoles n’est pas une crise soudaine. C’est le résultat d’un choix de société fait il y a plus de vingt ans :  remplacer la présence parentale par l’institution , au nom de l’économie. 

QUAND ON A DÉVALORISÉ LA MÈRE… ON A DÉSTABILISÉ L’ENFANT 

Avec la création des CPE, financés en partie par le retrait des allocations familiales (1997), on a poussé des milliers de mères à retourner travailler,  non parce qu’elles le désiraient toutes, mais parce qu’elles n’avaient plus les moyens de rester à la maison ou faire du temps partiel. 

On a fait croire que :

▪︎ une éducatrice = une mère

▪︎ la stimulation institutionnelle = meilleur développement

▪︎ l’enfant « s’adaptera »

Pendant ce temps, la psychiatrie, la psychanalyse et les neurosciences disaient déjà autre chose.

BOWLBY : l’enfant a besoin d’une figure d’attachement stable pour se sécuriser.

WINNICOTT : “il n’y a pas de bébé sans sa mère”.

SPITZ : la séparation répétée produit retrait, anxiété et détresse.

AINSWORTH: c’est la sécurité affective qui rend l’enfant sociable, pas l’institution.

DAMASIO : le soi et la régulation émotionnelle naissent dans le lien affectif précoce.

Un enfant placé très tôt, qui change souvent de bras, d’adultes, de règles, apprend une seule chose : l’amour est conditionnel.

Et quand l’amour devient conditionnel, 

➡️ la frustration devient insupportable

➡️ l’autorité devient menaçante

➡️ la colère devient son seul langage

L’ÉCOLE REÇOIT DES ENFANTS… MAIS HÉRITE SURTOUT DE BLESSURES 

La maternelle est aujourd’hui le lieu où tout craque. 90 % des enseignantes disent avoir déjà subi de la violence. 

On parle de mordre, pousser, frapper, cracher. La violence augmente et on demande aux enseignants de « gérer », comme si l’école pouvait remplacer des années de manque d’attachement stable.

Ils deviennent pompiers : ils éteignent des feux qui n’auraient jamais dû s’allumer.

Pendant ce temps, les parents courent :

▪︎ départ à 6h

▪︎ retour à 18h

▪︎ souper – bain – dodo

Aucun espace pour parler, expliquer, encadrer calmement. Alors on achète la paix, on promet, on menace, on cède par épuisement.

Pas par manque d’amour. Par manque de temps humain. 

TROP D’AUTORITÉS, PAS ASSEZ D’ATTACHEMENT

Avant la maternelle, certains enfants auront connu :

6, 7, parfois 9 figures d’autorité :

-éducatrices qui changent

-remplacements

-mouvements de personnel

Quand l’enfant vit cela :

▪︎ l’autorité ne devient plus sécurisante

▪︎ elle devient imprévisible

▪︎ elle n’est jamais vraiment liée à lui

L’enfant ne devrait pas avoir plus de 3 ou 4 figures d’autorités dans les 5 premières années de vie et elles doivent être stables, présentes, continues et reconnaissables. 

Les enfants n’ont pas besoin d’être « socialisés » tôt.

Ils ont besoin d’être attachés d’abord.

La socialisation vient naturellement après.

ON A MIS L’ÉCONOMIE AVANT LES ENFANTS

On présente ce système comme un progrès pour les femmes. Pourtant, si Pauline Marois avait vraiment voulu leur liberté, elle leur aurait donné les moyens de choisir.

À la place, elle a créé : 

plus de revenus… mais plus de dépenses, plus de stress, de fatigue, d’épuisement parental et plus de fractures dans le lien parent-enfant.

Et en même temps, on a rempli les coffres de l’État avec :

▪︎ impôts

▪︎ taxes

▪︎ consommation liée au travail

▪︎ consommation compensatoire (ex: alcool, cigarette, voyage, restaurant et autres récompenses ) 

▪︎ consommation de professionnel (massotherapeute, psychologue, avocat pour divorce) 

Pendant qu’on faisait croire qu’une institution pouvait remplacer une maman.

(Grâce au études sur le télé-travail, on sait aujourd’hui que travailler à l’extérieur coûte autour de 11 000$ , alors ajouter les frais de garde, on arrive à 20 000$ par année, minimum)

LE CERCLE VICIEUX 

Un système mal pensé crée :

➡️ détresse chez l’enfant

➡️ pression sur l’école

➡️ départ des enseignants

➡️ explosion des coûts

➡️ ajout de ressources

➡️ complexité accrue

➡️ efficacité réduite

Et maintenant les premiers enfants des CPE ont des enfants. S’ils n’ont pas reçu stabilité, attachement, continuité… comment peuvent-ils le transmettre? Voilà pourquoi la crise est plus grave aujourd’hui.

LE VOUVOIEMENT NE RÉPARERA PAS L’ATTACHEMENT BRISÉ 

On peut imposer le respect par le langage.

Mais on ne peut pas imposer :

▪︎ la sécurité intérieure

▪︎ la confiance

▪︎ la tolérance à la frustration

▪︎ l’empathie

Ces compétences se construisent entre 0 et 3 ans, dans la relation avec une figure d’amour stable.

Ce n’est pas une opinion romantique.

C’est de la science.

CE QU’IL FAUDRA AVOIR LE COURAGE D’ADMETTRE 

Si nous voulons réduire :

▪︎ la violence

▪︎ l’anxiété

▪︎ l’agressivité

▪︎ l’épuisement scolaire

il faudra regarder en amont, pas seulement dans les classes.

Il faudra :

➡️ reconnaître que l’attachement précède la socialisation

➡️ soutenir financièrement la présence parentale précoce

➡️ privilégier des milieux d’accueils, petits et stables

➡️ cesser de culpabiliser les mères qui choisissent de rester à la maison

➡️ remettre l’enfant au centre, pas l’économie

Parce qu’un enfant sécurisé n’a pas besoin de frapper pour exister ou de vouvoyer pour respecter.

ÉGALITÉ, CONFUSION DES RÔLES ET CRISE DE L’AUTORITÉ

Depuis quelques années, nous assistons à une montée inquiétante de la violence chez les enfants, à un rejet généralisé de l’autorité, à un effondrement du respect des règles, des éducatrices, des enseignants et, plus largement, de l’autre. 

On parle de pénurie de ressources, d’écrans, de classes surchargées, de manque de soutien au personnel scolaire. Tout cela existe. Mais ce ne sont pas les causes profondes.

LA CRISE QUE NOUS VIVONS EST AVANT TOUT UNE CRISE DU DÉVELOPPEMENT 

Au nom de l’égalité entre les femmes et les hommes, une revendication juste et nécessaire,  nous avons commis une erreur majeure : nous avons confondu égalité de valeur avec identité des rôles. 

Nous avons voulu tout unifier : les besoins, les fonctions, les trajectoires, sans tenir compte ni de la nature humaine, ni des besoins spécifiques des enfants.

Or, l’égalité ne signifie pas la négation des différences. Elle signifie l’égalité de dignité, de droits, de reconnaissance. Une différence de rôle n’implique pas une hiérarchie de valeur. Les rôles peuvent être différents et tout aussi essentiels.

Dans le développement de l’enfant, cette distinction est fondamentale.

Un jeune enfant a besoin, dans ses premières années de vie, d’un parent qui fusionne avec lui, qui materne, qui sécurise, qui régule son stress, ses émotions, son rapport au monde. Cette fonction de fusion n’est pas idéologique : elle est biologique, neurologique et psychique. Sans elle, l’enfant reste en état d’insécurité interne, incapable d’intégrer un cadre ou une règle.

Mais l’enfant a tout autant besoin d’un autre parent qui sépare, qui introduit la limite, la loi, l’altérité, qui l’aide à sortir progressivement de la fusion pour devenir un sujet distinct. C’est cette fonction séparatrice qui permet la construction du surmoi, du respect des règles, de la loi intérieure, et ultimement du respect de l’autre.

AUJOURD’HUI NOUS AVONS BROUILLÉ CES FONCTIONS

Nous demandons aux deux parents de travailler à temps plein. Nous plaçons les enfants très tôt en services de garde. Les deux parents maternent à temps partiel. Personne n’occupe pleinement la fonction de base de sécurité. Et surtout, personne ne veut incarner la séparation, la frustration, la loi, par peur de ne pas être aimé, par culpabilité liée au peu de temps passé avec l’enfant.

La fonction d’autorité est alors déléguée aux éducatrices et aux enseignants. Mais on leur demande l’impossible : discipliner des enfants avec lesquels ils n’ont pas de lien d’attachement primaire. Et pire encore, lorsque ces professionnels tentent de poser des limites, les parents se rangent du côté de l’enfant, discréditant l’adulte et détruisant toute légitimité de l’autorité.

L’enfant apprend alors une chose essentielle : la loi est négociable, l’adulte n’est pas fiable, l’opposition fonctionne.

Ce n’est pas un hasard si nous observons aujourd’hui plus de violence, plus de désorganisation, plus de conflits. Un enfant qui n’a pas été suffisamment contenu ne peut pas intégrer la règle. Il la combat.

LES FEMMES, DANS CE MODÈLE, SONT AUSSI PARMIS LES GRANDES PERDANTES

Elles ont gagné des droits, certes. Mais elles ont aussi additionné les rôles. Elles continuent de porter la responsabilité des enfants, la charge mentale, souvent celle de la maison, tout en étant désormais obligées de travailler à temps plein pour assurer leur sécurité financière. Avant, elles étaient contraintes de rester à la maison. Aujourd’hui, elles sont contraintes de travailler, même lorsqu’elles souhaiteraient rester auprès de leurs enfants. Le choix réel n’existe plus.

Les hommes, de leur côté, ont perdu leur place symbolique. On leur a retiré le droit d’incarner la séparation et l’autorité sans les culpabiliser ou les disqualifier. Résultat : retrait, désengagement, confusion.

LES ENFANTS, AU CŒUR DE TOUT CELA, PAIENT LE PRIX

Reconnaître les différences entre les femmes et les hommes, entre les rôles parentaux puis reconnaître les fonctions distinctes nécessaires au développement de l’enfant, ce n’est pas un retour en arrière. C’est une condition de santé psychique collective. L’égalité ne passe pas par l’effacement du réel, mais par sa reconnaissance.

Nous ne pourrons pas réparer la crise de l’autorité, de la violence et du lien social sans oser remettre au centre les besoins fondamentaux de l’enfant, ni sans redonner une valeur réelle, sociale, économique et symbolique, au rôle maternant et au rôle séparateur.

Nier la nature n’a jamais libéré qui que ce soit. Elle revient toujours nous rappeler ses lois. »

Christine Brassard

Note : La personne qui remplit le rôle maternel ou paternel peut être une femme ou un homme ; ce n’est pas cela qui importe. Ce qui est important, c’est que la personne ait les qualités nécessaires pour materner, et inversement pour paterner. L’essentiel est que chacun joue pleinement son rôle afin que l’enfant puisse se développer harmonieusement.

L’enfant doit d’abord fusionner avec le parent qui materne, puis, plus tard, être séparé par l’autre parent. Dans mon cas, ce rôle a été joué par ma mère au départ, puis plus tard par mon nouveau conjoint, puisque le père de mon fils ne faisait pas partie de sa vie à cette époque.

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