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Je soutiens les victimes

Je pensais ne plus en parler. L’affaire est classée dans mes dossiers. C’était sans compter le déferlement de violence verbale, de propos plus que douteux et même de haine sur les réseaux et sur internet en général.

J’ai la nausée quand je lis des réactions de gens. Ça dénote d’une telle incompréhension et même d’un manque cruel d’empathie. Le pire, c’est que ces personnes ne font aucune recherche sur le sujet. Ils n’ont forcément jamais rien lu ou alors ils n’ont rien compris. J’écris « ils » mais les « elles » sont légion.

J’ai été abusée plusieurs fois avant mes 10 ans. Je ne parle que de ce que j’ai mis des années à me souvenir, à intégrer, à accepter comme réel. J’ai continué à côtoyer les agresseurs sans comprendre le malaise qui me tenaillait en leur présence. Comme-ci mon corps savait mais pas mon mental. La mémoire, l’amnésie, le déni traumatiques ont fait du rafistolage qui a tenu jusqu’à ma première grossesse. A ma seconde grossesse (14 ans plus tard) ce n’était toujours pas intégré comme arrivé.

Tout ça pour tenter de faire comprendre que nous ne sommes pas toutes égales. Nos déclencheurs de mémoire ne sont pas tous les mêmes. Notre capacité à accepter ne prend pas les mêmes chemins ni ne dure le même temps qui passe. Par contre les étapes se ressemblent, peut-être pas dans le même ordre :

trauma/sidération/dissociation

protection/amnésie

déni

exposition aux mêmes dangers

malaises-mal-être inexplicable

« révélation/souvenirs » des décennies plus tard

-honte-colère voire rage-pendant des années

-rejet/acceptation par intermittence pendant des années.

-je parle ? Peser le pour et le contre. Qui va me croire ?

-je ne parle pas, surtout si je suis seule. Ça c’est pour ma part. Je n’ai rien dit et puis j’ai parlé parce que d’autres ont partagé leur histoire (sans rapport direct avec la mienne).

C’est un parcours complexe qui use et épuise. Je ne comprends pas comment il est possible de douter dans le contexte actuel. Ça fait des siècles que la parole de l’enfant et de la femme ne comptent que rarement. Les chiffres sont effarants. L’ère de la pédocriminalité et la culture du viol sont en train de se révéler au grand jour donc ça DOIT s’effondrer et disparaître !!! C’est obligé. C’est FINI.

Les victimes ont besoin de soutien pour s’affranchir du traumatisme. Ce n’est que justice.