La sacro-sainte École de la République

Précision : l’école n’a jamais été obligatoire. L’obligation, c’est l’instruction (à l’école, à la maison ou ailleurs).

Mes souvenirs :

L’école, je l’ai vécue comme une corvée. Je n’ai gardé que de rares souvenirs. Aucun souvenir de la maternelle, même en regardant des photos. L’école primaire, c’était long et ennuyeux, pire qu’ennuyant (l’ennui, c’est positif pendant quelques instants, pas quelques années). J’y ai perdu une part de ma spontanéité. Je suis devenue encore plus réservée et je me suis effacée. C’est mon ressenti d’enfant, dont je me rappelle adulte. J’y suis allée dès mes 3 ans, parce que mes parents travaillaient, comme la majorité de mes pairs et des enfants d’hier et d’aujourd’hui. La fréquentation de l’école maternelle a connu une constante augmentation depuis les années 50. Elle est fréquentée à 97% depuis bien longtemps. Pourtant,

L’Assemblée nationale a voté, 
dans la soirée du 
mercredi 13 février 2019, 
l’abaissement de l’âge de 
l’instruction obligatoire 
de 6 ans à 3 ans.

Je pensais naïvement qu’il y avait des urgences plus impératives que ça ! Était-ce vraiment une mesure indispensable ? Qu’est-ce que ça changera ? Est-ce que ce sera ENFIN suivi d’une formation spécifique pour les enseignants et le personnel périscolaire sur le développement des jeunes enfants ? Un enfant de 3 ans est très jeune… Y aura t-il des inspections pour les familles choisissant l’Instruction En Famille (IEF), dès 3 ans ? Quels seront les critères pour « juger » l’instruction donnée à un enfant qui évolue/apprend selon ses intérêts et son développement propres ?

Aparté : l’école maternelle porte mal son nom. Ce lieu n’a plus grand chose de maternant ou maternel (l’a t-il eu un jour ?). En Suisse, ça s’appelle école enfantine, c’est déjà plus proche de la réalité.

Mon expérience professionnelle et personnelle :

En maternelle et primaire, j’ai constaté, avec regret,  un manque flagrant de connaissances de ce qu’est un enfant entre 3 et 5 ans…De vivre la scolarité de mes fils, à dix années d’intervalle, me laisse encore pantoise quand  j’entends de la bouche des « maîtresses », des « ATSEM/ASEM », des « dames du périscolaire et de la cantine », des paroles que l’on n’adresserait même pas à un chien ! Certes, il y a des hommes. Trois. Mon Cadet raconte qu’il les connaît parce qu’on leur dit que si les enfants ne sont pas sages, ils iront chez maître untel ou dans le bureau d’Untel… Super ! la figure masculine est une menace, comme si c’était un ogre !!

Je n’ai pas eu de chance ou alors mon regard ne voit que le négatif ? Que nenni. Je remarque aussi les avantages à la collectivité : socialisation, découverte d’autres intérêts, ouverture à un vaste monde, initiation à des sports, à la musique, expression créative (normalement sans limites), mais quel est l’équilibre comparé au reste : faible ou absence d’estime de soi/confiance en soi. Recevoir des ordres génère souvent une obéissance/soumission ou une rébellion avec pour résultat des enfants passifs ou hyperactifs, au choix, etc.

Mes enfants sentent sûrement ma réticence. Malgré cela, ils se sont rendus et se rendent à l’école tous les jours. Ce qui m’attriste, c’est que le Cadet a de plus en plus de périodes pendant lesquelles, il ne veut plus y aller…Il aura bientôt 5 ans. Depuis qu’il a 3 ans, il fréquente la Maternelle et se plaint régulièrement, en pleurant. Il préférerait rester avec sa famille. La rentrée lui avait plu, il avait compris cette opportunité de jouer dans un autre environnement, mais cela a duré un temps. La Maternelle, ça devrait être rassurant, amusant, palpitant, jouissif même ! Les enfants devraient y aller en courant ! Et bien, je connais peu d’école dans lesquelles c’est comme ça.

Pourquoi aller à l’école ?

Les enfants vont à l’école pour apprendre et comment apprennent-ils ? En jouant !! Alors pourquoi y jouent-ils de moins en moins ? Pour quelle raison, l’adulte intervient-il autant, au détriment des apprentissages ? Je me souviens quand mon fils aîné est allé à l’école à 2 ans et demi, pour libérer la place en crèche (la directrice était convaincue qu’il était prêt, à mon grand désespoir). Sa maîtresse m’avait dit qu’il était dans la lune…parce qu’il regardait les trains (fan de train, l’école donnait sur la voie ferrée !) au lieu de se ranger à la sonnerie de fin de récré. J’étais tellement stupéfaite par sa remarque que je n’avais rien répondu (je n’étais pas encore EJE). A 2 ans et demi, qui demande à un enfant, fan de train, de se ranger quand ça sonne, sans aller le chercher, lui parler, lui expliquer plusieurs fois, voire à chaque fois ??!!

Nos enfants vont-ils à l’école parce que, nous parents, travaillons ? Sincèrement, est-ce que nous scolarisons nos enfants pour la qualité de l’instruction proposée par l’éducation Nationale ? Oui et non. Je me suis sentie longtemps incapable d’instruire mes enfants comme l’école le fait. Logique ! La vie n’est pas un programme d’apprentissage. Par contre, les enfants apprennent autant et autrement avec leur famille, sur la Vie. Mais je travaille et le père aussi, que faire de nos enfants pendant que nous nous rendons dans un autre lieu qui ne les accueille pas eux ? De nombreuses alternatives m’ont tentée et me font encore de l’œil, de loin : École Montessori, École Dynamique/démocratique. École Steiner Waldorf… Pour un seul de ces choix, tout notre mode vie est à remettre en question. Comment gagner plus d’argent ? Aucun de nos employeurs n’a prévu de nous augmenter en conséquence et aucun de nous ne joue à la loterie.

Le ministère de l’éducation nationale VS le ministère des Solidarités et de la Santé :

J’ignore s’il existe réellement une guéguerre entre le ministère de l’éducation nationale et celui des affaires sociales mais le métier d’éducateur de jeunes enfants prépare des professionnels tout indiqués pour cette tranche d’âge, depuis 1974 !!! De nombreuses idées ont été mises en pratique avec des résultats efficients. Ainsi, les jardins d’enfants, les classes passerelles ont répondu aux besoins spécifiques des enfants lors de cette transition préscolaire entre 3 et 5 ans, pour préparer en douceur à l’entrée en cours préparatoire (CP).

La réponse est l’instruction obligatoire à 3 ans ?! A ce niveau de surdité des hautes sphères, j’avoue que je reste bouche bée. Ou alors quelque chose m’a échappée…l’égalité des chances ? Mouais, sans commentaires.

Évidemment, les dommages collatéraux de cette loi se font déjà sentir :  les jardins d’enfants, quel est leur avenir ?

« Pour la FNEJE : priorité à la qualité de l’accueil
Rappelons que la FNEJE, dès l’annonce du projet de loi au printemps 2018, a pris clairement position. Sans remettre en cause le principe de l’instruction obligatoire à trois ans, elle s’inquiétait de ce qu’une telle loi puisse « démanteler les dispositifs déjà existants et qui ont fait leur preuve tels que les classes passerelles et les jardins d’enfants. » Et rappelait d’une part son attachement à la qualité de l’accueil et d’autre part que la formation des EJE les préparait travailler auprès des enfants jusqu’à leurs 6 ans. »

La pétition : NON A LA DISPARITION DES JARDINS D’ENFANTS ET DES CLASSES PASSERELLES

Quel financement pour les écoles privées sous contrat ?

Lectures :

Longtemps, je me suis ennuyée à l’école, Lola Vanier

École obligatoire dès 3 ans : la fausse bonne idée