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Les louveteaux de la louve blanche

Avant même que la formation Envol et Matrescence commence, j’ai partagé un rêve avec les femmes qui allaient devenir des doulamies. C’était dans la nuit du 29 au 30 janvier 2021. J’ai assisté à la mise bas d’une louve blanche. J’ai accueilli ses quatre louveteaux.

C’était un rêve en images, avec un scénario qui avait du sens dans son improbabilité. Au réveil, j’étais perplexe et stupéfaite de m’en souvenir comme si j’y avais vraiment été.

Le rêve

Je regardais des loups dans un enclos, au milieu d’une ville. Au signal d’un son que j’ai entendu, ils ont sauté hors de l’enclos. J’ai entendu dans ma tête qu’ils avaient très faim. Les gens hurlaient de peur. Les loups n’attaquaient personne, ils reniflaient. Je leur ai ouvert la porte d’une boucherie.

Dans la pénombre d’une pièce, j’ai distingué une louve blanche au sol. Quand elle m’a vue, elle s’est transformée en humaine aux cheveux blancs et j’ai vu son ventre rempli. Elle s’est mise à quatre pattes et des louveteaux sont sortis un à un. Quatre petits tous blancs que j’ai réceptionné dans mes mains en disant aux deux premiers « bienvenue dans l’ombre » et aux deux suivants « bienvenue dans la lumière. »

La signification du rêve ?

C’est rarissime pour moi de rêver de manière aussi nette. Avec un scénario tellement étrange et beau à la fois. Si ce rêve a une signification, je n’en ai encore pas saisi le fil.

Le seul indice trouvé sur le sujet est mince : « Que le loup apparaisse sous forme physique ou dans un rêve ou méditation, il peut révéler que vous avez tendance à utiliser votre intuition pour saisir ce qui se passe dans votre vie ».

Un rêve est une pièce dont le rêveur est à la fois la scène, l’acteur, le souffleur, le metteur en scène, l’auteur, le public et la critique. Carl G.Jung


La louve blanche Jonna Jinton

Tomm MOOREWolfwalkers

Mon premier post-partum

Sandrine Lebrun, à l’initiative de la formation Envol & Matrescence, a demandé aux promos un exercice d’écriture intuitive sur ce sujet.

Mon corps et mon mental s’en souviennent, bien qu’il date d’il y a vingt et une années. Des souvenirs s’estompent et d’autres restent. Avec un enfant pour la vie suite à ces passages presque initiatiques, le déni me semble impossible. Je ne raconterai que le premier. Le second est distillé un peu partout sur cette planète.

Dans mon cas, le contexte d’une grossesse a largement annoncé la couleur de mes post-partum. Le premier était donc inattendu, imprévisible (même si je me doute qu’il ne peut jamais être prévisible). Le mot approprié serait imprévu. J’étais jeune et en même temps je me sentais prête, bien qu’absolument pas informée. Je pensais que savoir ne m’aiderait en aucun cas à y arriver. Première erreur. Enfin oui et non, c’est surtout inexact.

La naissance s’est déroulée sans que j’en sache quoi que soit, rien. Ce serait mentir que de dire que la préparation proposée à l’hôpital m’a aidée à quelque chose. Dans le sens où je n’ai pas su m’en servir.

Après la naissance, j’ai basculé du jour en lendemain dans les abîmes de l’inconnu : un désert intersidéral de solitude, de douleurs physiques et mentales. J’ai sombré dans la tourmente d’un cyclone, d’un ouragan, d’une tornade…dès le séjour à la maternité. La puissance de l’amour que j’ai ressenti n’a rien changé à cette descente aux enfers. J’ai dissocié. Dangereusement. Et en même temps c’est arrivé de manière lucide (ça c’est ce que je pense 21 ans après). C’est-à-dire que je me suis vue perdre pieds, couler dans cet océan immense, sans rives alentours alors que je suis terrifiée par l’immensité. Résignée et sans me débattre, parce que sans aucune énergie, aucune possibilité de faire autrement.

Concrètement comment c’était ?

Après la naissance, c’est l’impression de ne recevoir aucun soutien, même avec une armada de soignant.e.s. Des discours, des conseils contradictoires, dans tous les sens mais sans aucun sens. Rien pour s’accrocher. Aucune empathie, nulle part. « C’est normal Madame ».

Me concernant, ça s’est aussi traduit par une perte totale de pudeur. Alors que je suis extrêmement pudique. J’ai su plus tard que des visiteurs avaient été choqués par cette soudaine absence. Ils ont vu ce qu’ils n’avaient jamais vu. Je ne m’en rendais pas compte, comme si j’étais redevenue primitive.

Sans filtre pour communiquer, j’ai dit tout ce qu’il me passait par la tête. C’était facile, c’est dans ma nature. Disons que le filtre était factice quand je jouais un rôle dans la société. Le post-partum s’en tape du faux-self, il a fait valdinguer le « faire comme-ci ».

Outre le fait que les neurones en prennent un sacré coup de manière normale, j’ai perdu le fil de toutes mes pensées. Il m’était impossible de réfléchir. Heureusement que je n’avais rien à réfléchir. Mon quotidien est passé en mode automatique avec pour seul objectif : prendre soin du bébé. Je me nourrissais très peu, j’ai perdu énormément de poids. Ça aussi c’est considéré comme normal : la préoccupation maternelle primaire. A ce stade, c’est de l’ordre du baby-blues.

La nuance qui différencie le baby-blues de la dépression post-natale c’est son installation, donc sa durée et l’absence de bonheur, selon mon expérience. Un quotidien dans la solitude, répétitif, sans projets d’avenir, avec la peur de l’avenir…Tout le reste est aussi considéré comme habituel : l’épuisement, le manque cruel de sommeil, les pleurs du nourrisson et de la mère…question d’hormones. Je me souviens aussi de la lenteur de la vie, de mes réactions, voire l’absence de réactions, comme si j’étais éteinte et au ralenti. Je me rappelle avoir beaucoup regardé la télévision, comme pour anesthésier tout ça, au détriment de la relation avec mon enfant. Je restais prostrée chez moi, dans le silence, avec ce bébé dont j’avais fini de m’occuper : soins, couche propre, tétées terminées. Que faire d’autre ? Je sortais peu, mon fils hurlait à plein poumons dans sa poussette. Sortir était devenu un cauchemar. Les nuits aussi. La peur de ses pleurs m’a hantée longtemps.

Plusieurs mois se sont écoulés. Remontée à la surface, ma tête est sortie de l’eau. J’ai opté pour un filet de portage, les balades se sont apaisées. Un suivi ostéopathique s’est mis en place grâce à un ami, pour les douleurs de mon fils, les pleurs se sont estompés. Un mode d’accueil a été tenté en collectivité, échec cuisant. Une merveilleuse assistante maternelle a pris le relais. La mission locale m’a accompagnée dans une recherche d’emploi. Un semblant de vie a repris son cours.

Je pense en être complètement sortie quand j’ai trouvé du travail, soit deux années après l’accouchement.



Cœur de doula

Cœur de doula de Sandrine Lebrun

J’ai profité d’un long trajet pour le lire, presque d’une traite. Ce n’est pas le genre de livre que je peux lire en plusieurs fois, ; sinon, j’arrête de m’alimenter et de m’occuper du reste… mon monde cesse de tourner quand je lis un livre-pépite. Cœur de doula en est un, en toute subjectivité puisque je parle de mon ressenti.

C’est, en effet, le livre à lire pour découvrir et pourquoi pas s’ouvrir à cette activité qui émerge depuis la fin du 20ème siècle et qui pourtant existe depuis toujours, ne portant souvent pas de nom à proprement parler.

Ce qu’en dit Wikipedia : « La doula ou accompagnante est disponible pour le couple dès la grossesse, pendant l’accouchement et parfois jusqu’à plusieurs mois après la naissance. Elle apporte un soutien émotionnel et pragmatique, offre une écoute, répond aux questions, discute des problèmes rencontrés et aide à trouver, si possible, des solutions. »

J’évite soigneusement de dévoiler le contenu des livres qui nourrissent mon âme. Quand un livre m’attire, je regarde parfois les avis des autres. Souvent je me fie à mon intuition et elle ne se trompe que rarement.

Les futurs parents et les parents ne savent pas tous qu’il leur manque un lien, une transmission, une présence, tout simplement. Une figure disponible et à l’écoute. La doula remplit ce rôle depuis la nuit des temps. Elle était soit la mère, la grand-mère, la sœur, une femme du village…une femme de l’entourage proche ou moins proche de la future mère.

Si vous ressentez ce manque, ce vide, la doula peut vous guider vers ce qui le comblera et qui est déjà en vous.

Je ressens la doula comme le kintsugi japonais, dans le sens où elle crée du lien. Elle permet aux couples de combler ses « fissures » sur la grossesse, l’accouchement, l’allaitement, la parentalité…« La philosophie du Kintsugi peut vous accompagner tout au long de votre processus de guérison, jusqu’à retrouver vous-même votre unité et tout votre éclat. »

Je pense, et cette pensée ne tient qu’à moi, que je suis née doula. Avec un passé d’ancêtres liés à l’esclavage (des deux côtés : esclave et esclavagiste), me rendre disponible pour servir le couple, la femme enceinte, les futurs parents et les tous nouveaux parents, prend tout son sens et équilibre les lignées.

N’étant pas formée spécifiquement à l’accompagnement autour de la grossesse, j’offre néanmoins mes compétences aux couples, dès le désir d’enfant pour répondre à leurs questionnements sur les différentes étapes qui amènent à la parentalité. Je me base sur ma formation d’éducatrice de jeunes enfants, spécialiste de la psychopédagogie, du développement de l’enfant, sur mes diverses expériences personnelles de mère et professionnelles auprès de femmes enceintes.

Pour approfondir :

Association doulas de France

A fleur de naissance

Connaissiez-vous la doula ? Qu’est-ce qu’elle vous inspire ? Je lirai avec plaisir vos commentaires.

La sacro-sainte Péridurale

article sur Charlie Hebdo

Pour rappel, sur cette planète, je ne parle que de mes expériences, de mon vécu et parfois de celui de mon entourage proche. Il ne s’agit donc que de mon point de vue.

Qu’est-ce que la péridurale ?

Pour faire court, c’est une anesthésie proposée pour accoucher sans douleur, en théorie.

En réaction à l’article de la journaliste, Laure Daussy, dont j’ai eu vent via Instagram, je m’abstiendrai de raconter, en détail, mes deux accouchements. Je me contenterai de les évoquer pour illustrer mes propos. L’article donne rapidement le ton puisque « l’effroi » est de mise, qui plus est dans un contexte très ciblé : avec « une militante écolo-pure et dure »…

Première expérience :

J’ai accouché une première fois, il y a 20 ans, en l’an 2000 avec un suivi à l’hôpital. J’ai un peu oublié mes états d’âme de l’époque. Je me souviens de l’ impression d’avoir suivi une préparation pour absolument rien savoir en faire, entourée d’inconnus et de mon compagnon. En résumé, on m’a dit « ça se passera comme ça, vous ferez ci et ça et nous, nous ferons ça et ci ». Je ne souhaitais pas de péridurale parce que ma mère avait accouché deux fois sans. Elle avait survécu. Je me disais que j’y arriverai aussi. Il m’avait été répondu que je changerai d’avis très vite. Le jour J, une heure avant d’accoucher, col dilaté à 8 cm, après plusieurs refus d’installer la péridurale, une soignante est venue me dire  » vous entendez la femme qui hurle ? Pour elle, la péridurale est contre-indiquée, c’est pour ça qu’elle a si mal. » Vues les circonstances (toute une journée de travail, j’étais épuisée), ça a eu son petit effet. Je me souviens qu’on m’avait dit d’arrêter de crier. L’anesthésiste, qui trainait dans le coin, est apparu et a fait le travail pour lequel il était rémunéré. Autant j’avais participé avant l’anesthésie, autant après, je n’ai plus rien maitrisé du tout. Oui, j’ai cessé de crier. J’ai tout cessé, même de pousser. Le bébé a du finir tout seul, avec tous ces gens dans la salle de travail (un vrai défilé). A eux tous, qu’ils fassent leur job, qu’ils sortent le bébé de mon ventre. C’est bien pour ça qu’on accouche à l’hôpital, oui ou non ?

Second accouchement :

Il est plus récent. Il y a 6 ans, j’avais choisi d’être suivie par une sage-femme en libéral. Elle a écouté mon projet de naissance et m’a informée qu’il y avait une salle nature dans la maternité que j’avais choisie. Cette fois, aucune remarque n’a été faite sur mon souhait d’éviter la péridurale. Rien ne s’est vraiment déroulé comme prévu, mais quel accouchement est vraiment prévisible ? Le jour J, la sage-femme qui m’avait suivie était absente. J’ai eu le droit au ballon et surtout au bain, malgré un contexte compliqué. Hélas, il a fallu accélérer le travail avec une dose d’ocytocine. La sage-femme m’avait prévenue et effectivement, j’ai eu très très très mal… Elle a été formidable et m’a dit que même avec une péridurale, j’aurai senti cette douleur. Détail qui a son importance : la maternité était en grève et la salle nature était fermée.

En conclusion

Mes deux grossesses avaient plus ou moins été mal vécues, mais le pire fut l’après-naissance de la première : un cauchemar, pour bébé et pour moi, pendant des mois. A côté, la douleur des contractions, c’était rien. A choisir entre douleur temporaire et souffrance sur du long terme, vous choisiriez quoi ? J’aurai préféré pouvoir choisir. Depuis des lustres, on nous rabâche que l’essentiel c’est que le bébé naisse en bonne santé… Évidemment. Pourtant, j’aurai aimé être prévenue de l’après-péridurale…pour pouvoir tenir tête à cette insistance.

Les deux accouchements ont été douloureux mais j’ai été accompagnée pour gérer cette douleur durant le second, j’ai même eu le droit de CRIER !!! La grande différence a été une suite de couches beaucoup plus sereine. Je n’ai eu à me concentrer que sur bébé et sur l’allaitement. En 2014, je n’ai pas été mieux guidée à la maternité pour mettre mon fils au sein. Merci à la consultante en lactation du département qui s’est déplacée jusque chez moi. Elle m’a permis de poser les bases d’un allaitement réussi et non écourté !

Lâchez-nous l’utérus !

Je tiens à préciser qu’à aucun moment de ma vie, je n’ai été une militante écolo pure et dure, juste une collègue un peu chiante sur le tri des déchets. Je n’ai jamais non plus encouragé des parturientes à accoucher autrement qu’elles ne l’avaient décidé. J’ai simplement voulu faire comme je le sentais, moi. Depuis la nuit des temps, les femmes donnent la vie, j’y suis parvenue aussi. Personne ne m’a mis la pression. J’ai simplement été bien informée. Après une première expérience désastreuse, j’ai fait des choix assumés au lieu de subir la situation.

S’il y a une tendance à l’accouchement sans péridurale, et bien que les femmes qui font ce choix soient laissées tranquilles ! De quoi se mêle-t-on ?! Si elles kiffent d’avoir mal et/ou sont fières d’avoir réussi à accoucher sans aide médicale, quel est le problème ? Le rapport avec la religion est vraiment de mauvaise foi. En 2020, il y a encore des journaleux pour pointer du doigt les choix des gens ? Qui ça dérange au fait ?

un vrai sujet :

Et on en parle de la chasse aux sorcières faite à l’encontre des sages-femmes qui accompagnent les accouchements à domicile ? C’est pourtant un sujet très sérieux qui mérite toute notre attention ! Plusieurs pétitions sont en ligne.

Et vous, comment avez-vous vécu l’accouchement, avec ou sans péridurale ?