c’est la Crise

Suite à un « échange » sur instagram, {le réseau social que je supporte encore un peu grâce à quelques belles personnes. (@mickaella974 pour les curieux)}, je me suis dit qu’un rappel du scoop suivant serait bien venu :

un enfant est un individu à part entière !!

Cela implique que comme n’importe lequel d’entre les humains, il ressent des émotions, des sentiments, des contradictions, des contrariétés etc. Cela sous forme de tempêtes tellement puissantes qu’il lui est tout bonnement impossible de s’en sortir seul ou alors avec de gros dommages sur l’estime de soi et la confiance en soi. Après c’est la galère pour reconstruire.

Sous une publication de @santedanslassiette sur l’étrangeté de l’espèce humaine qui donne de l’eau à ses plantes et des sodas à ses enfants, une personne avait commenté que les plantes ne crient pas. Une autre que l’enfant ne ferait pas de caprice s’il ne connaissait pas les sodas. Je précisais qu’un enfant ne fait pas de caprices mais qu’il traverse des émotions, sans mode d’emploi. Quelqu’un d’autre qui passait par là, a trouvé bon d’écrire qu’il n’y avait rien de méchant dans le commentaire précédent. Oui certes, avais-je écrit quelque chose signalant que c’était « méchant » ? Non. S’en est suivi un pseudo dialogue dans lequel, en résumé, une certaine Jade avait vraiment envie que je comprenne que j’avais tout faux quand j’écrivais qu’un enfant ne fait pas de caprice… Elle est mal tombée. Elle a soutenu mordicus que je me trompais et a tenu à ce que j’avoue que des enfants font des caprices. Comment avouer quelque chose de FAUX. Vous voyez le tableau ? J’ai rencontré suffisamment d’enfants pour être ABSOLUMENT certaine qu’AUCUN ENFANT NE FAIT DE CAPRICE. Dans mon métier, j’ai observé et géré des crises, aucun caprice. Là-dessus, elle a écrit que j’étais fermée et je ne sais plus quoi d’autre et que je me contredisais quand j’admettais que l’enfant peut être en crise… Mais Jade, si crise veut dire la même chose que caprice, alors la France traverse actuellement un CAPRICE SANITAIRE !!!!

Définition du mot crise : dans le champ qui nous intéresse et qui n’est pas celui de l’actualité (désolée, je ne nourris aucun intérêt à la crise sanitaire que nous avons amplement méritée) ==> « Brusque accès, forte manifestation d’un sentiment, d’un état d’esprit : Une crise de larmes, de jalousie ».

Rappel (j’avais déjà écris sur le sujet ici) de la définition du mot caprice « nom masculin Envie subite et passagère, fondée sur la fantaisie et l’humeur. Avoir des caprices. »

Déjà, l’enfant ne ferait pas de caprice, car ça ne se fabrique pas. Selon ses détracteurs, l’enfant aurait des caprices, des envies subites etc de manière intentionnelle. Il me ferait exprès pour faire suer son monde. Sachant que le cerveau de l’enfant arrive à maturité vers 6-7 ans (à cause de l’immaturité du cortex préfontal et des circuits relayant l’information entre le cortex et le système limbique), ça nous laisse déjà toutes ses premières années, pendant lesquelles il en est incapable… sauf s’il a besoin d’un exorcisme…? Un enfant de moins de 3 ans capable de fantaisie intentionnelle, je demande à voir.

Un enfant grandit dans un environnement multiple. Il est entouré d’adultes. A la limite s’il est « capricieux », à qui la faute ?
Jade écrivait que son neveu de 3 ans fait des caprices pour je ne sais plus quelle raison… « Neveu de Jade, je suis désolée pour toi, mais ta tante n’en démordra pas. Pour elle, tu es capricieux quand tu ressens des émotions et que personne ne cherche à comprendre. Tu calques ton comportement sur l’éducation que tu reçois mais c’est de ta faute. »

Bref, son unique exemple devait faire foi face à toutes les crises que mes collègues et moi avons géré et qu’elles géreront encore au quotidien dans les lieux d’accueil. Dans les lieux d’accueil où j’ai travaillé, seules les vieilles biques de collègues et certains parents parlaient de caprice… La vieille école et la vieille époque sont révolues. C’est terminé. Le mot caprice est un mot poubelle et facile pour éviter de réfléchir et de comprendre ce qu’il se passe. Il dénigre totalement ce que ressent l’enfant. Oui je persiste et signe, c’est totalement irrespectueux de lancer à un enfant en pleine crise « arrête tes caprices ! »

« C’est à toi adulte de te pencher vers moi et ce que je traverse pour m’aider à comprendre qu’il y a d’autres façons d’agir que de crier, hurler, taper etc.« 

L’enfant fait ce qu’il peut avec les moyens du bord.

En conclusion : les caprices n’existent pas, j’ajouterai : dans le monde de la petite enfance.

Pour aller plus loin :

Déconstruire l’idée de caprice chez l’enfant

Pour en finir avec le mythe sur les caprices d’enfant

L’avis du Dr Gueguen : sos parents

Enfant-roi, enfant-tyran…Caprices des dieux ?

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    image trouvée ici

Honnêtement, de mon point de vue, le mot caprice n’a rien à faire dans la sphère de la petite enfance surtout dans les structures collectives. Les célébrités sont capricieuses, pas les enfants. Les enfants expriment des besoins et des émotions avec leur corps et leurs cinq sens. Il ne faut quand même pas oublier que les très jeunes enfants communiquent comme ils peuvent, puisqu‘ils ne savent pas encore parler.

Pour situer, voici la définition selon le Larousse : caprice, nom masculin (italien capriccio, frisson, puis désir soudain). Volonté soudaine, irréfléchie et changeante de quelqu’un, parfois d’un animal ; lubie. Un jeune enfant serait donc capable de ça ? Ou bien serait-ce des intentions d’adultes qui leur sont prêtées ? Encore un mot bien installé dans l’inconscient collectif et qui ne risque pas de disparaître de sitôt, donc il faut faire avec.

Pourtant, je sens mon exactitude des mots qui me titille ! Pour identifier les émotions et les besoins des enfants, autant les appeler par leur nom : faim, froid, soif, chaud, gêne, colère, fatigue, chagrin, joie, déception, peur…le vocabulaire de la langue française me semble assez varié pour réussir à être précis.

Dans mon métier, j’irai jusqu’à dire que c’est obligatoire d’être à la recherche et de comprendre les besoins et les émotions de l’enfant. L’observation est un outil formidable qui nous permet de répondre aussi précisément que possible. Bien sûr, personne n’est infaillible, on peut se tromper mais plus on cherche plus on a des chances de trouver.

D’après madame Tout-le-monde, le caprice cache une intolérance à la frustration. C’est normal alors, un enfant est le centre de son monde durant des mois, voire des années. Quand il sent qu’on lui oppose de la résistance, il réagit immédiatement. C’est qu’il a un égo surdimensionné l’enfant ! En structure collective et chez moi, je me sers du livre Grosse colère pour les émotions qui deviennent envahissantes ; cette histoire peut dénouer bien des conflits !

Il n’existe pas de solutions toutes faites pour les parents et les professionnels confrontés à des expressions d’émotions qui deviennent des crises ( = Brusque accès, forte manifestation d’un sentiment, d’un état d’esprit). C’est au cas par cas que l’on peut guider les parents et les professionnels vers des éléments de réponse.  Je préfère partager l’avis de spécialistes et des titres de livres : plaidoyer pour l’enfant-roi et éloge de l’enfant-roi.

Voici un lien qui me paraît intéressant :