Lecture 1. Manuel de survie

J’ai mis un peu de temps à le lire. Ça se lit autrement qu’un roman et j’en ai lu 3 en même temps que ce manuel.

Pour les + de ce livre, j’aime :

– son format. Idéal dans un sac.
– sa structure  : pratique à utiliser avec son index et sa table des matières détaillés.
– son ton : il est juste. Je ne saurai argumenter. C’est un ressenti. Écrire à 4 demande sûrement des consensus. Le résultat ressemble à la neutralité de la Suisse. C’est impartial.
– ses illustrations : pas pour leur style, mais pour leur présence. Mes yeux ont apprécié.


– son contenu : clair, concis. Exactement ce que je recherche pour un manuel de survie. Si nous avons besoin d’approfondir, des références sont proposées. Je suis restée sur ma faim pour le « parler bambin » mais l’essentiel est expliqué.

Pour les – :
– l’allaitement, que ce soit pour les parents ou pour les professionnels, est à peine effleuré. Je sais que le rôle de l’EJE est concentré sur l’enfant. Pour ceux qui me connaissent, c’est un sujet que j’ai à coeur. Sûrement parce que je ne souhaite à personne de vivre mon expérience difficile.

[Aparté :  C’est-à-dire de tirer son lait à la va-vite durant une pause déjeuner d’1h. Selon mon ancien employeur, tirer son lait ce n’était pas allaiter donc je n’avais pas le droit à l’heure, (2 fois 1/2h) en dehors de la pause légale. Des fois que je revende le lait tiré au marché noir ou que j’en fasse du fromage que je serai allée vendre au marché de Forville (marché cannois). A 80 € le litre, j’aurai été riche. Sauf que si je n’avais pas été aussi épuisée, j’aurai préféré avoir un surplus et le donner à un lactarium. …Oui j’avoue que cet épisode me reste en travers de la gorge,  quand j’y repense, car c’était vraiment de la mauvaise foi et un cruel manque d’humanité. Disons que la fatigue engendrée n’est pas étrangère au burn-out qui, inévitablement, a suivi…]
Je trouve donc cela dommage que cette information soit la grande oubliée de ce manuel. De manière concise, il me semble important que les parents et les professionnels sachent ceci :

 "Art. L 1225-30.
 Pendant une année à compter
 du jour de la naissance,
 la salariée allaitant son 
enfant dispose à cet effet
 d’une heure par jour durant
 les heures de travail.
 Art. L 1225-31.
 La salariée peut allaiter 
son enfant dans
 l’établissement."

Pour en savoir plus : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F1769

C’est un détail qui avait, selon moi, toute sa place dans le chapitre « législation », après le congé parental.

Aucun autre point négatif pour ma part. A part une incompréhension du choix de l’ordre des thèmes notamment l’entretien d’embauche entre les chapitres de l’observation et de la distance professionnelle puis la Validation des Acquis et de l’Expérience au milieu de la bientraitance et de la co-éducation dans la partie « cadre ». J’aurai bien lu « qu’est-ce que le lien d’attachement ? » et  « quelle place pour les câlins, bisous et surnoms ? » après la distance professionnelle au lieu de quitter les « transmissions »  (page 325) qui évoquent la co-éducation (page 229) et la distance professionnelle (page 213),  par exemple. Ce qui me fait dire qu’un manuel ne se lit vraiment pas comme un roman !

Je suis la dernière à avoir une logique dans mes pensées et mes écrits donc ce n’est pas une critique, c’est un simple constat.

Je trouve l’écriture inclusive illisible mais en dessous du paragraphe sur les « qualités requises en tant qu’éducateur de jeunes enfants » (p250), il est écrit  » il faut savoir être créative ». Je sais que le métier est majoritairement féminin. Dans ce cas, c’est plus français de choisir soit le féminin, soit le masculin.

Concernant le chapitre pratique, je trouve dommage que les pistes proposées soient souvent tournées en mode négatif quand on sait que le « ne pas » se faufile difficilement jusqu’au cerveau.

Concernant le secret professionnel évoqué à la fin du chapitre des transmissions, il me semble que la législation évoquée, page 33, parle de discrétion concernant les Auxiliaires de puériculture et les Éducateurs de Jeunes Enfants .

Pour les câlins et bisous, je comprends le positionnement proposé mais je maintiens que ce que l’adulte ne VEUT PAS importe autant que ce l’enfant VEUT.  En pratique, il y a des situations dans lesquelles je peux refuser un bisou, parce que ça me déplaît. Je l’explique à l’enfant et il comprend. A la place je propose un moment sur mes genoux et contre moi, si l’enfant est d’accord. Le bisou n’a pas à avoir le monopole quand un enfant a besoin d’être rassuré ou consolé. Apprendre le consentement, c’est aussi du respect réciproque entre tous les individus.

En conclusion, j’ai appris des choses et j’en ai revues d’autres. Comme je ne sais rien « par cœur » et que j’en apprends tous les jours, ce livre est donc un genre de pense – bête (non péjoratif).

Sans parler de « bible du pro de la petite enfance », je dirai que c’est un manuel utile, une sorte de référentiel. Indispensable ? Je ne sais pas. Comme il regroupe de nombreuses infos importantes, il pourrait le devenir. Quand internet  ou d’autres titres sont inaccessibles, il le sera, c’est certain puisque je peux le mettre dans mon sac !

Cela dit, le monde de la petite enfance est mobile. Pour certains thèmes, ce livre aura peut-être, régulièrement, besoin d’une mise à jour.

Dans tous les cas, je remercie les auteures pour leur investissement, leur professionnalisme et ce partage.

Ce livre a toute sa place dans mon sac D’EJE.

Dernier coup de 💚 de 2017

Ma résolution d’acheter moins de livres neufs a été mise à rude épreuve quand j’ai vu ce titre ! J’ai donc cédé à la tentation pour finir cette année complexe sur une note positive.

Le voilà entre mes mains depuis quelques instants ! Il sent bon, il est beau, je l’aime déjà.

Le premier livre de Lire au Monde « Chez moi » est une pure merveille… les auteures continuent sur cette belle lancée de la douce bienveillance, de la tolérance et de l’amour. Voici réunis tous les ingrédients d’un Noël authentique comme j’en rêve.

« Pas d’étiquettes s’il vous plaît » restera en permanence dans mon sac d’EJE (d’ailleurs il va m’en falloir un plus grand et résistant). C’est une jolie pépite-outil dont j’espère faire l’usage qu’il mérite.

S’il vous tente, il me semble qu’il est encore temps pour l’avoir sous le sapin.

Bons moments de fin d’année à tous et à bientôt sur ce site !

Noël autrement en littérature jeunesse

 

Comme promis, je vous partage mon ressenti sur deux nouveaux petits formats que j’ai pu offrir à mon cadet sur le thème de Noël.

A part Michka (père Castor), nous n’avions aucun titre sur le sujet. A la bibliothèque, c’est difficile de trouver des titres sans la croyance au bonhomme blanc et rouge. Heureusement le cadet ne s’y intéresse, de loin, que maintenant.

Pour ceux qui me suivent, vous savez que je porte peu le père Noël dans mon cœur…surtout ce qu’il est devenu, un genre de symbole de la surconsommation… Trop loin du partage et de l’authenticité qu’il est censé véhiculer. Son existence imaginaire ne me pose aucun problème, en tant que personnage. C’est d’y faire croire et d’alimenter la crédulité des plus jeunes qui me dérangent.

Agathe le connait comme un personnage d’histoire mais elle sait qui apporte les cadeaux à Noël sous le sapin : sa famille. Cette histoire réunie toutes les valeurs de Noël auxquelles je crois, avec des jolis rituels.

Quant au Noël de Balthazar, outre le fait que sa peluche est vivante, (je suis souvent agacée par l’humanisation des animaux. Ils sont loin de nous ressembler, dans le sens où ils semblent respecter leur habitat et leur congénères…, mais je ne suis pas zoologue. C’est étonnant de la part de la « pédagogie » montessorienne que ce « doudou » soit personnifié.) c’est un livre qui m’a mis la larme à l’œil tellement donner est plus important que recevoir.

Je m’en tiens à mes ressentis, car le cadet les a écoutés comme il écoute toutes les histoires. Sa préférence est actuellement aux trains.

 

La passion du Livre

Quand on est EJE, je dis ON car je pense que nombreux sont les EJE à partager ce point de vue (pas tous, mais quelques-uns…) donc quand on est EJE, en général, on aime beaucoup beaucoup les livres.

Quand j’entends que « celui-ci » ou « celui-là » n’est pas/plus « adapté » et bien ça m’agace.
Dans le secteur jeunesse, je ne mets aucune tranche d’âge. Le lecteur, de sa naissance à sa mort, a la liberté de lire ce qu’il veut !!!

De quel droit un adulte déciderait à la place d’un enfant ? ça vous plairait que quelqu’un vous impose une lecture ? C’était déjà bien suffisant durant notre scolarité !

La lecture, les livres, ce n’est pas forcément par étape, par thème, par acquisition, par événement.

Par exemple, si un enfant veut lire cacaboudin

alors qu’il ne porte plus de couches depuis longtemps, pourquoi pas ? Quelle est la contre-indication ?

Un enfant a des questionnements, des envies qui nous échappent. Parfois, il les gère seul (au moyen d’histoires) et c’est très bien.

Je vous partage les droits des lecteurs selon Daniel Pennac :

droits_du_lecteur_de_Pennac

Belles lectures à tous !!!

Mon livre préféré en littérature jeunesse : (et Cadet de presque 4 ans, l’écoute avec plaisir depuis longtemps !)

y’a pas d’âge pour le plaisir de lire.

Place du handicap dans mon parcours

J’ai fait partie des étudiants dont la formation d’éducateur de jeunes enfants a duré 27 mois. Aujourd’hui après une réforme, c’est 6 mois de plus pour obtenir le diplôme d’Etat. La formation comporte une partie théorique et une autre pratique sous forme d’apprentissage en milieu professionnel.

Pendant ma formation, j’ai beaucoup réfléchi au choix des stages. On avait le droit à 3 vœux dans un ordre précis. Les miens ont été exaucés. Tous mes stages ont été formateurs, même quand ça ne s’est pas passé comme je l’aurai souhaité.

Aparté : Je me rends compte avec les problèmes que rencontrent aujourd’hui les étudiants à cause de la gratification des stages, que j’ai eu beaucoup de chance de tous les valider. La formation est d’ailleurs en danger si la loi n’est pas modifiée. Je ne suis pas trop les actualités à ce sujet mais j’espère que les étudiants des promotions en cours obtiendront gain de cause.

Durant la formation, il y a certaines notions que nous ne voyons pas de façon approfondie, telle que le handicap. Par manque de temps. Les stages sont aussi proposés pour répondre à cette lacune.

stage IEM

stage IEM

L’éducateur de jeunes enfants étant amené à travailler auprès de tous les enfants, il a toute sa fonction en milieu spécialisé. J’ai acquis cette conviction grâce à un stage. Le handicap dans la vie d’un enfant prend beaucoup d’espace. Pourtant l’enfant handicapé est avant tout un enfant. Notre rôle est de lui permettre de profiter de son enfance, presque comme les autres enfants de son âge. Nos propositions sont les mêmes, on les réfléchit et on les adapte.

Mon plus long stage s’est ainsi déroulé en Institut d’Education Motrice (IEM) avec des enfants en majorité infirmes moteurs cérébraux (IMC). C’est-à-dire en coque de maintien et en fauteuil roulant. La plupart des enfants ne sont pas autonomes, ne parlent pas (ou pas encore), ne se déplacent pas, mais ils communiquent. Ce fut le sujet de mon mémoire : la Communication Non Verbale.

J’ai été malmenée par la recherche de mon identité professionnelle. Il m’a fallu revoir mes objectifs et j’ai du élargir le sujet de mon mémoire à tous les enfants, pas seulement les enfants porteurs de handicaps. J’ai ainsi abordé le sujet en observant plus attentivement les bébés et les jeunes enfants qui ne parlent pas, durant un stage supplémentaire.

Tout ça pour dire que le handicap, dans notre métier, a sa place. Les concepts parcourus en formation seront revus et forcément approfondis en stage ou sur le terrain. C’est de toute façon une expérience qui mérite d’être vécue. Notre positionnement est parfois mis à mal. L’équipe de collègues devient pluridisciplinaire ce qui rend les échanges de points de vue variés et c’est très profitable à tous.

Aparté : « Être autiste ne signifie pas être inhumain. Cela signifie être étranger. Cela signifie que ce qui est normal pour les autres ne l’est pas pour moi et ce qui est normal pour moi ne l’est pas pour les autres. A certains égards je suis très mal équipé pour survivre dans ce monde comme un extraterrestre échoué sur la terre sans manuel d’orientation. Mais ma personnalité est intacte, ma conscience de moi n’est pas altérée. Je trouve beaucoup de sens et de valeur à ma vie et je n’ai aucune envie d’être guéri de moi-même.
Si vous voulez m’aider, n’essayez pas de me confiner à une mince partie du monde que vous pouvez changer pour me caser. Accordez moi la dignité de me rencontrer selon mes propres ter
mes.
Reconnaître que nous sommes également étrangers l’un à l’autre, que ma façon d’être n’est pas simplement une version déficiente de la vôtre.
Interrogez vous sur vos présupposés. Définissez vos mots. Travaillez avec moi à construire davantage de ponts entre nous. »

Jim Sinclair (personne autiste), citation tirée de ce lien : Récits de personnes autistes

Lecture : le voyage d’Anton

Anton

« les premières années de la vie d’Anton, atteint d’un syndrome neurologique le rendant différent des autres ».

Ou plutôt re-lecture. J’ai lu ce livre il y a dix ans de cela, quand il est sorti. Mon exemplaire est dédicacé par Anton, himself ! J’en suis très fière !

Je relis peu les livres bien rangés dans ma bibliothèque et je me rends compte que c’est dommage car il y a toujours quelque chose qui nous échappe à la première lecture. Je comprends d’autant plus ce besoin qu’ont les enfants de lire ou d’entendre raconter la même histoire, presque inlassablement…

L’émotion a été la même, je m’en souviens encore. Le message, par contre, a résonné bien plus fort !

J’ai fait la connaissance d’Anton quand il était dans la classe Arc-en-ciel. Sans diplôme ni formation, la directrice de l’école m’a accordée cette chance extraordinaire de travailler avec elle, son équipe et tous ces enfants. Durant ma présence dans ce groupe scolaire, ma vocation est née…elle a pris forme, elle était tapie en moi, attendant le déclic.

Toutes ces rencontres restent parmi mes plus beaux souvenirs. Des années intenses et bien remplies…mes collègues sont restés de très bons amis. Relire le voyage d’Anton m’a replongée dans ma vocation première : accompagner des enfants que l’on dit « en difficulté et différents »…plus je les fréquentais plus je pensais que c’était le monde qui avait des difficultés, et pas eux !

Et puis, je suis partie me former. La nécessité d’en savoir plus m’a donnée des ailes. Je suis retournée aux enfants lambda, si je puis dire. Un jour, je reviendrai vers la différence, en me demandant toujours « qu’est-ce donc que la normalité ? ».

C’est sa mère, Mariana Loupan, qui raconte ce parcours atypique, presque un voyage initiatique, dans lequel il y a un vrai voyage.

Extraits : « Pour nous, entendre parler d’école, c’était comme entendre parler du paradis, de quelque chose d’inaccessible  dont nous n’osions même pas rêver. Anton aurait le droit d’aller à l’école comme tout le monde ? Nous étions si épuisés par notre parcours du combattant, par l’hostilité et l’indifférence du système que l’idée même que notre fils ait des droits, nous avait échappé. A commencer par le droit à l’éducation. »

« C’est ce qui arrive souvent aux enfants comme Anton. Il parle peu, on lui parle moins. Il a du mal à tenir son crayon, on dit qu’il n’écrira pas. Il ne comprend pas une consigne, on n’insiste pas. On présume qu’il ne peut pas. On pose des limites. L’univers de l’enfant rétrécit, tout naturellement, et l’enfant reste sur le bas-côté. Je veux qu’on lui tende la main pour prendre la sienne, pour l’aider. Non pas pour lui donner des miettes. Je veux qu’il marche à côté des autres, la tête haute. »

« Parfois, une simple phrase peut changer le cours d’une vie. Pour moi, elle a été prononcée à Jérusalem, un matin de février 2000, par le professeur Reuven Feuerstein : « C’est à vous de choisir… ».