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Place du handicap dans mon parcours

J’ai fait partie des étudiants dont la formation d’éducateur de jeunes enfants a duré 27 mois. Aujourd’hui après une réforme, c’est 6 mois de plus pour obtenir le diplôme d’Etat. La formation comporte une partie théorique et une autre pratique sous forme d’apprentissage en milieu professionnel.

Pendant ma formation, j’ai beaucoup réfléchi au choix des stages. On avait le droit à 3 vœux dans un ordre précis. Les miens ont été exaucés. Tous mes stages ont été formateurs, même quand ça ne s’est pas passé comme je l’aurai souhaité.

Aparté : Je me rends compte avec les problèmes que rencontrent aujourd’hui les étudiants à cause de la gratification des stages, que j’ai eu beaucoup de chance de tous les valider. La formation est d’ailleurs en danger si la loi n’est pas modifiée. Je ne suis pas trop les actualités à ce sujet mais j’espère que les étudiants des promotions en cours obtiendront gain de cause.

Durant la formation, il y a certaines notions que nous ne voyons pas de façon approfondie, telle que le handicap. Par manque de temps. Les stages sont aussi proposés pour répondre à cette lacune.

stage IEM
stage IEM

L’éducateur de jeunes enfants étant amené à travailler auprès de tous les enfants, il a toute sa fonction en milieu spécialisé. J’ai acquis cette conviction grâce à un stage. Le handicap dans la vie d’un enfant prend beaucoup d’espace. Pourtant l’enfant handicapé est avant tout un enfant. Notre rôle est de lui permettre de profiter de son enfance, presque comme les autres enfants de son âge. Nos propositions sont les mêmes, on les réfléchit et on les adapte.

Mon plus long stage s’est ainsi déroulé en Institut d’Education Motrice (IEM) avec des enfants en majorité infirmes moteurs cérébraux (IMC). C’est-à-dire en coque de maintien et en fauteuil roulant. La plupart des enfants ne sont pas autonomes, ne parlent pas (ou pas encore), ne se déplacent pas, mais ils communiquent. Ce fut le sujet de mon mémoire : la Communication Non Verbale.

J’ai été malmenée par la recherche de mon identité professionnelle. Il m’a fallu revoir mes objectifs et j’ai du élargir le sujet de mon mémoire à tous les enfants, pas seulement les enfants porteurs de handicaps. J’ai ainsi abordé le sujet en observant plus attentivement les bébés et les jeunes enfants qui ne parlent pas, durant un stage supplémentaire.

Tout ça pour dire que le handicap, dans notre métier, a sa place. Les concepts parcourus en formation seront revus et forcément approfondis en stage ou sur le terrain. C’est de toute façon une expérience qui mérite d’être vécue. Notre positionnement est parfois mis à mal. L’équipe de collègues devient pluridisciplinaire ce qui rend les échanges de points de vue variés et c’est très profitable à tous.

Aparté : « Être autiste ne signifie pas être inhumain. Cela signifie être étranger. Cela signifie que ce qui est normal pour les autres ne l’est pas pour moi et ce qui est normal pour moi ne l’est pas pour les autres. A certains égards je suis très mal équipé pour survivre dans ce monde comme un extraterrestre échoué sur la terre sans manuel d’orientation. Mais ma personnalité est intacte, ma conscience de moi n’est pas altérée. Je trouve beaucoup de sens et de valeur à ma vie et je n’ai aucune envie d’être guéri de moi-même.
Si vous voulez m’aider, n’essayez pas de me confiner à une mince partie du monde que vous pouvez changer pour me caser. Accordez moi la dignité de me rencontrer selon mes propres ter
mes.
Reconnaître que nous sommes également étrangers l’un à l’autre, que ma façon d’être n’est pas simplement une version déficiente de la vôtre.
Interrogez vous sur vos présupposés. Définissez vos mots. Travaillez avec moi à construire davantage de ponts entre nous. »

Jim Sinclair (personne autiste), citation tirée de ce lien : Récits de personnes autistes

Lecture : le voyage d’Anton

Anton
« les premières années de la vie d’Anton, atteint d’un syndrome neurologique le rendant différent des autres ».

Ou plutôt re-lecture. J’ai lu ce livre il y a dix ans de cela, quand il est sorti. Mon exemplaire est dédicacé par Anton, himself ! J’en suis très fière !

Je relis peu les livres bien rangés dans ma bibliothèque et je me rends compte que c’est dommage car il y a toujours quelque chose qui nous échappe à la première lecture. Je comprends d’autant plus ce besoin qu’ont les enfants de lire ou d’entendre raconter la même histoire, presque inlassablement…

L’émotion a été la même, je m’en souviens encore. Le message, par contre, a résonné bien plus fort !

J’ai fait la connaissance d’Anton quand il était dans la classe Arc-en-ciel. Sans diplôme ni formation, la directrice de l’école m’a accordée cette chance extraordinaire de travailler avec elle, son équipe et tous ces enfants. Durant ma présence dans ce groupe scolaire, ma vocation est née…elle a pris forme, elle était tapie en moi, attendant le déclic.

Toutes ces rencontres restent parmi mes plus beaux souvenirs. Des années intenses et bien remplies…mes collègues sont restés de très bons amis. Relire le voyage d’Anton m’a replongée dans ma vocation première : accompagner des enfants que l’on dit « en difficulté et différents »…plus je les fréquentais plus je pensais que c’était le monde qui avait des difficultés, et pas eux !

Et puis, je suis partie me former. La nécessité d’en savoir plus m’a donnée des ailes. Je suis retournée aux enfants lambda, si je puis dire. Un jour, je reviendrai vers la différence, en me demandant toujours « qu’est-ce donc que la normalité ? ».

C’est sa mère, Mariana Loupan, qui raconte ce parcours atypique, presque un voyage initiatique, dans lequel il y a un vrai voyage.

Extraits : « Pour nous, entendre parler d’école, c’était comme entendre parler du paradis, de quelque chose d’inaccessible  dont nous n’osions même pas rêver. Anton aurait le droit d’aller à l’école comme tout le monde ? Nous étions si épuisés par notre parcours du combattant, par l’hostilité et l’indifférence du système que l’idée même que notre fils ait des droits, nous avait échappé. A commencer par le droit à l’éducation. »

« C’est ce qui arrive souvent aux enfants comme Anton. Il parle peu, on lui parle moins. Il a du mal à tenir son crayon, on dit qu’il n’écrira pas. Il ne comprend pas une consigne, on n’insiste pas. On présume qu’il ne peut pas. On pose des limites. L’univers de l’enfant rétrécit, tout naturellement, et l’enfant reste sur le bas-côté. Je veux qu’on lui tende la main pour prendre la sienne, pour l’aider. Non pas pour lui donner des miettes. Je veux qu’il marche à côté des autres, la tête haute. »

« Parfois, une simple phrase peut changer le cours d’une vie. Pour moi, elle a été prononcée à Jérusalem, un matin de février 2000, par le professeur Reuven Feuerstein : « C’est à vous de choisir… ».

Billet d’humeur (du jour)

chat

Utiliser le sens exact des mots est autant un défaut qu’une qualité chez moi.

C’est plus fort que moi, je bondis intérieurement quand je lis ou j’entends des termes qui me semblent inappropriés (le second degré a bon dos…).

Oui, dans mon cerveau, le mot garderie est presque un gros mot. En tous cas, il me semble appartenir à une autre époque. Pour illustration, relisons la définition du verbe :

garder , verbe transitif

  • Sens 1

    Veiller sur.

    Exemple : Garder les moutons.
  • Sens 2

    Surveiller pour empêcher de sortir.

    Exemple : Garder un condamné.
  • Sens 3

    Conserver sur ou avec soi.

    Exemple : Garder ses papiers sur soi.
  • Sens 4

    Mettre de côté pour soi ou pour quelqu’un.

    Exemple : Il garde sa place.

C’est bien loin de correspondre au travail des professionnels de la petite enfance (en général) qui s’évertuent, parfois dans de mauvaises conditions, à accueillir, prendre soin et accompagner le quotidien des enfants quand leurs parents travaillent.

On accepte d’évoluer dans toutes sortes de domaines, pourquoi pas celui de la petite enfance ? Je prends ça trop à cœur, je m’en rends bien compte.

 C’est avec du temps  que le terme « accueil » entrera dans les mœurs, tout comme le nom patronymique qui est remplacé par le nom de famille depuis la Loi n° 2002-304 du 4 mars 2002.

Aujourd’hui, les lieux d’accueil ont toutes sortes de dénominations. Oui je sais bien, un nom générique comme « garderie » c’est bien commode. Sauf que pour nous, professionnels, surtout pour moi, je vais éviter de parler au nom des autres… c’est un peu comme déconsidérer le travail fait depuis des années pour que les enfants, vos enfants, soient accueillis et non plus « gardés ».

Voici quelques définitions :

Une crèche est une structure adaptée aux besoins des jeunes enfants accueillis dès l’âge de deux mois et demi jusqu’à trois ans. Elle accueille à la journée et de façon régulière les enfants dont les parents travaillent.

Une halte garderie de jeux est un lieu d’accueil ponctuel pour les jeunes enfants. Cette solution est réservée aux enfants dont l’un des parents ne travaille pas, à raison de trois demi-journées maximum par semaine.

Un multiaccueil propose un accueil collectif, en accueil régulier, accueil occasionnel et accueil d’urgence pour des enfants de 3 mois à 3 ans.

Accueil périscolaire :  En dehors des temps d’enseignement, les enfants des écoles maternelles et élémentaires sont accueillis tous les jours dans les établissements scolaires, avant et après la classe, ainsi que sur le temps méridien.

Voilà pour les principaux lieux d’accueil collectifs. D’autres accueils sur ce lien à Paris.

Le mot garde n’est pas à bannir, ni garderie d’ailleurs. Mais c’est un peu comme le terme DDASS, encore utilisé pour parler des enfants confiés et pris en charge en dehors de leur famille, … aujourd’hui et depuis 1983, on parle de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).

Ces mots ont fait leur temps. Ils appartiennent au passé de la Petite Enfance. Se tourner vers l’avenir permet de visualiser et d’intégrer les changements.

« Le terme « garde d’enfants » a été remplacé depuis de nombreuses années dans tous les propos par le terme « accueil d’enfants » parce que le terme précédent signifiait service et omettait les notions de qualité, la place et le rôle de chacun, au premier rang desquelles celle des parents dans l’éducation des enfants. »

Bien sûr, quand on n’est pas professionnel, il est difficile de tout savoir et puis les médias et parfois même des auteurs Jeunesse continuent à véhiculer les termes du siècle dernier et du précédent le dernier. Et malheureusement le grand site de la petite enfance n’a pas actualisé son vocabulaire non plus. Même la CAF est en retard dans sa mise à jour ! Bref, on n’est pas aidés.

Pourtant « le changement c’est (censé être) maintenant », enfin il parait,  depuis l’année 2012.

 

LoulousCreche
ici

 

 

Il est où Doudou dis-donc ? Au fait, qui est Doudou ?

doudou mechant
Ponti

 

Un peu de théorie :

« Doudou : objet préféré utilisé par le nourrisson et le jeune enfant pour se réconforter, notamment au moment de s’endormir.

La notion d’« objet transitionnel », introduite par D. W. Winnicott, appartient au domaine de la psychanalyse. L’objet transitionnel, qui a l’effet apaisant d’un substitut maternel, est la première possession de l’enfant qui est extérieure à son propre corps, bien qu’il ne le perçoive pas nécessairement comme tel. Il apparaît généralement entre quatre et douze mois, et permet à l’enfant d’effectuer la transition entre la relation à la mère et la relation avec d’autres « objets » de son environnement.

L’objet élu est généralement un objet matériel de texture douce (ce qui explique le nom familier doudou, provenant de la répétition du mot doux par l’enfant); il s’agit le plus souvent d’une couverture ou d’un bout de couverture ou encore d’un morceau de tissu (serviette, chiffon, mouchoir, par exemple) ou d’un animal en peluche, que l’enfant serre contre lui et suçote.

Ce terme ‘doudou’, de même que les termes anglais security blanket et blankie, sont des termes familiers, alors que les termes objet transitionnel et transitional object relèvent du vocabulaire spécialisé de la psychanalyse. [Office de la langue française, 2002] »

J’ajouterai qu’il est possible qu’un enfant n’ait PAS de doudou. Par contre, il aura un objet transitionnel pas toujours repérable.(Ils parlent même de phénomène transitionnel en psychanalyse)

Ce qui est regrettable, comme pour beaucoup de choses finalement, c’est que ce soit devenu un marché juteux et profitable, encore et toujours aux mêmes, en l’occurrence le lobby de la ‘puériculture’.

Ce qui me désole le plus c’est de voir tous ces sites de ‘doudous perdus‘ qui fleurissent sur le net…ou comment maintenir les enfants dans la dépendance de leurs parents (au doudou)… Oui, car on se demande bien pour qui c’est une catastrophe quand doudou est perdu. D’ailleurs qui panique quand on ne le retrouve pas en fin de journée au multiaccueil ? Pas nous les professionnels et encore moins l’Enfant en question…Bref.

Pour ma petite histoire, c’est au moment de l’inscription de mon fils à une halte-garderie que j’ai dû me pencher sur la question. La directrice a insisté pour que l’Enfant ait ‘quelque chose de la maison’. Sauf qu’il avait choisi les maillots de corps de sa maman le cher Enfant. Il avait décidé que son doudou c’était mon odeur…j’ai eu beau dormir avec le doudou que j’ai choisi pour lui (Vivi la marmotte) et tenter de l’imprégner de mon ‘parfum’, il n’en a pas voulu ! Il a hurlé à plein poumons à chaque fois que je l’ai laissé à la halte-garderie. Pas que 5mn, non, non pendant toute mon absence, échelonnée selon une période d’adaptation. A la fin de ladite période, la directrice a décrété que mon fils n’était pas prêt à passer du temps en collectivité. Il avait 8 mois et j’avoue que je n’étais pas prête non plus.

Le doudou que je lui ai proposé pour aller à la halte-garderie est finalement devenu ‘sa grande amie’ : Vivi la marmotte. Mais quand il ne l’emmenait pas avec lui, on ne retournait pas la chercher. Quand il fallait le passer en machine, il attendait…et pourquoi j’en aurai acheté deux, trois identiques… ???

Un doudou c’est LE doudou (ou alors plusieurs différents, mais pas tous en même temps), sinon c’est une collection d’articles de puériculture.

J’ai toujours expliqué mon point de vue à mon fils sur son doudou, c’était à lui de s’en occuper. On ne peut pas dire que ça demande beaucoup de travail. L’enfant apprend le sens de la propriété et les prémices des responsabilités, Y’a pas d’âge pour inculquer le sens des réalités : « Vivi est restée à la maison ? Tu la retrouveras ce soir » et j’explique, je ne négocie pas, je ne compense pas. L’Enfant sait quand il a besoin de son doudou donc il gère, je peux lui faire confiance. L’adulte est présent pour lui expliquer si c’est possible ou non et pourquoi de garder Doudou dans différentes circonstances. A table, j’ai du mal à accepter sa présence, par exemple…

En fait, si l’adulte ne panique pas, il y a de grandes chances pour que l’Enfant ne panique pas non plus.

@jout : dernier débat en date sur FB : « le doudou peut-il rester à la crèche ? Doit-il faire la navette entre la maison et la crèche ? »
Si ce n’est pas un objet transitionnel, pourquoi pas ? L’enfant exprime t-il le besoin de le prendre avec lui ? Si oui, alors c’est lui qui décide surtout s’il a investi cet objet en tant que tel. Je me demande même pourquoi il y a débat…

Et s’il est perdu ? Et bien, dans la vie il arrive que l’on perde des objets auxquels on tient. Expérimenter la perte et le chagrin ce n’est pas une mauvaise chose. Si c’est accompagné par des mots de réconfort, l’enfant sent qu’il est soutenu et passe à autre chose.

Je conclue sur une phrase de Winnicott qui en dit long sur l’inévitable sevrage :  » Autant la mère doit avoir pu illusionner son enfant sur sa capacité à créer le sein qui le satisfait, autant elle doit s’employer à le désillusionner, en ne s’adaptant qu’incomplètement aux besoins de l’enfant  »

Vous l’aurez compris, je fuis les magasins de puériculture mais pas les créateurs qui ont du talent. Je rajoute donc un lien vers le site d’une amie qui coud des beaux doudous comme je les aime. Pour les voir c’est ici :  doudous de sa page facebook ou là : Bébélyste.

Si vous avez des anecdotes à partager, pour illustrer mon témoignage, je serai ravie de les lire.

Comment informer et protéger l’enfant du harcèlement, de la « pédophilie… » ?

Réédition du 16/03/13/Blogspot/retravaillé le 18/10/17

Ce sujet me questionne depuis longtemps mais mettre en mot ce que j’en pense est une autre affaire. Je prends le risque.

Une dépêche d’actualité toute récente (aujourd’hui) vient de me piquer au vif ! « La pédophilie doit être traitée comme une « maladie » non comme un crime, selon un cardinal ».

Pour des sujets plus qu’épineux comme celui-ci, j’ai tendance à avoir un avis nuancé. Je fonctionne un peu plus en mode thèse, antithèse et synthèse. C’est loin d’être évident, avec du recul, de saisir un plan dans mon « blabla », vous m’en voyez désolée.  Mes idées restent désorganisées, finalement.

L’avis de ce cardinal est de prime abord vraiment choquant. C’est que la « pédophilie » c’est un sujet corrosif (dans tous les sens du terme).

Je partage la définition de Wikipedia et dans le fond le cardinal en question a raison, c’est bien une maladie psychiatrique mais ça devrait se nommer autrement car étymologiquement le terme n’a plus son sens initial. Si on veut faire une différence, la pédérastie s’apparente au crime car elle est envisagée de façon consciente et préméditée (parfois réciproque, ce qui complique la notion de délit) contrairement à la pédophilie. Je ne débattrai pas plus sur cette nouvelle qui m’a fait réagir, c’est trop prendre partie et ça ne m’intéresse pas. A la limite, je serai capable de dire le fond de ma pensée qui est : si le mariage existait chez les prêtres, peut-être y aurait-il moins de déviances…peut-être bien sûr, car il y a malheureusement des malades qui sont mariés, en couple…bref c’est un très délicat sujet.

La question reste la même quant à la protection des enfants et à la façon dont on peut leur en parler. C’est ce qui nous préoccupe en tant que parent et professionnel.

petit-doux-n-a-pas-peur
Pour parler des violences, du harcèlement etc.

J’ai lu, un jour, un livre avec des moins de 3 ans en multiaccueil. Il m’a surprise et bousculée. D’habitude, je lis les livres seule avant d’en faire la lecture aux enfants. J’avais fait l’impasse, cette fois-là. J’ai gardé bonne figure parce que je savais que ma compréhension différait complètement de celle des enfants, mais intérieurement j’étais extrêmement mal à l’aise.

Je pense qu’il est important d’en parler en équipe, avec pour objectif une cohérence pédagogique. Les professionnels de la petite enfance envisagent ce sujet de manière différente et souvent subjective. Sans doute parce que c’est un sujet, souvent, oublié en formation. Les sujets de ce genre sont difficiles à appréhender car chacun a son opinion (l’avis personnel jugeant) et c’est presque toujours violent. Je peux comprendre cela. Pourtant, tous les malades, quels qu’ils soient m’inspirent, de l’empathie.

Le problème, à mon sens, c’est l’amalgame médiatique des situations complexes, un peu trop simplifiées et donc mal comprises car rendues confuses au grand public. La désinformation fait vraiment d’énormes dégâts et alimente la haine.

Depuis qu’il est petit, je répète inlassablement à mon fils que son corps lui appartient, que personne n’a le droit d’y toucher. Dès lors qu’il a su se laver seul, ce fut plus simple de lui expliquer que même moi je n’avais pas à insister sur les zones érogènes. Évidemment je lui ai expliqué avec des termes simples et à sa portée de compréhension. J’ai utilisé des mots plus accessibles : « ton zizi il est à toi. Personne ne peut t’obliger à le montrer, à le faire toucher. Ni papa ni maman. Ni qui que ce soit. Même si tu as confiance » etc.

J’ignore si cela suffit à l’alerter du danger et s’il se méfie à bon escient des adultes « déviants ». Il est grand mais est-il à l’abri ? Il est plus informé que lorsqu’il était petit car les précisions sont arrivées en fonction de son âge. @jout : l’aîné est proche de la majorité. C’est au tour de son petit frère d’être sensibilisé.

Voici en liens, ce que j’ai trouvé sur le net pour envisager des pistes qui conviendraient éventuellement à chacun, car je ne détiens aucune réponse :

 Pour élargir le thème sur le harcèlement, sous toutes ses formes, l’actualité est propice et même si cela semble choquant, je fais partie de celles et ceux qui sont soulagés que l’abcès CRÈVE. Il sera nécessaire que de vraies dispositions soient prises, face à cet océan de témoignages #moiaussi #balancetonagresseur et autres hashtags qui inondent les réseaux sociaux.
L’enfant est un individu influençable et fragile. L’adulte a pour rôle de le protéger, des malades et des pervers, sans distinction.

L’éducation fait partie des étapes incontournables pour sensibiliser les enfants à ce fléau qu’est le harcèlement. Au quotidien, il y a quantité d’événements qui permettent d’illustrer nos propos. ça peut commencer par répéter inlassablement que le chat ou autre animal est un être vivant, qu’il n’a en aucun cas à supporter que sa queue soit tirée, qu’il soit embêté surtout quand il montre des signes d’énervement et qu’il griffe ou mord en retour. Répéter et agir en conséquences en éloignant l’enfant de l’animal. Il n’y a rien de banal à laisser un enfant « jouer » avec un animal qui montre que ça suffit !
C’est primordial de signifier à un enfant qu’un autre enfant qui recule, qui s’éloigne, qui dit stop ou qui pleure, n’a plus envie. Une fois j’ai perdu mon sang froid en EAJE. Une petite fille pleurait fort et trois garçons étaient sur elle, littéralement allongés en rigolant. Même si une collègue était là, j’ai agis avec mes tripes. Ma voix est montée de deux crans. Je les ai enlevé un par un, (sans brutalité, je précise) et j’ai dit assez fort « elle vous a dit NON !!!!! ». J’ai expliqué à chacun, une fois mon calme revenu, le pourquoi de ma colère. J’ai rassuré cette enfant, en lui disant qu’elle avait eu raison de pleurer très fort et que si une prochaine fois ça arrivait, qu’elle vienne immédiatement prévenir un adulte. Ces comportements enfantins semblent anodins mais NON, ça n’a rien d’amusant, de léger, c’est à prendre en compte et c’est vital de mettre des mots dessus, d’expliquer pourquoi c’est INTERDIT d’insister quand l’autre refuse (même en ne disant rien).
C’est un vaste sujet et j’avoue que je suis trop touchée pour en parler sereinement. Ce flot de témoignages est bouleversant.

Aimer les enfants ?

amour

Encore merci aux débats sur FaceBook qui me donnent des idées à approfondir.

A ce sujet (aimer les enfants), une fois encore, les professionnels de la petite enfance sont partagés, voire divisés.

Comme je l’expliquais durant la discussion sur FB, j’ai longtemps prôné le « non-amour » des enfants, avant d’être EJE et même un peu pendant la formation (pour les enfants des autres hein. Les miens sont une merveille, évidemment). Paradoxalement, j’ai toujours porté un intérêt bienveillant aux enfants que j’ai rencontré. Sans les aimer et en trouvant leurs comportements plutôt pénibles, pour être honnête. Oui c’était possible pour moi de penser comme ça. Affabilité et irritation se côtoyaient. Je me souviens, ma mère me disait qu’il serait préférable que je ne travaille jamais avec ce public. Quel chemin parcouru, me direz-vous !

Depuis que je suis mère, je suis devenue une sorte de guimauve sur pattes, sans dépréciation de moi-même, au contraire. Voir la vie en rose bonbon, c’est agréable aussi. Dans un temps limité, par contre, sous peine d’overdose. La vie est comparable à un arc-en ciel, elle n’est pas rose.

C’est en prenant de l’âge et sûrement en apprenant à m’aimer, à aimer l’enfant que j’ai été…puis à aimer les autres que j’ai aimé tous les enfants, les petits d’Hommes, les êtres humains en devenir, les futurs adultes. Avec pour définition à ce vaste mot la numéro 3 du lien. Et avec pour synonymes : estimer, apprécier.

Des EJE pensent qu’aimer les enfants c’est sortir du cadre de leur travail. Je trouve que c’est d’une rudesse… mais je respecte. « Travailler avec de l’humain », comme on dit, nécessite (pour moi en tous cas) d’avoir un minimum de goût pour les autres. Donc de l’amour.

Le questionnement du départ de nos échanges c’était de savoir quoi répondre à un enfant qui dit ‘je t’aime’ à un professionnel. J’avais répondu que je disais toujours ‘je t’aime aussi’ en retour. Parce que ce n’est pas tabou, parce que je le pense sincèrement, parce que c’est spontané pour moi. Je comprends que des collègues répondent autre chose ou sourient simplement mais je ne comprends pas la réponse ‘je t’aime bien’. Dans mon vécu ‘aimer bien’ n’a aucun sens. Tout comme le fameux ‘il faut/on doit aimer les enfants’.

En fait, chacun a son histoire avec le mot aimer et sa mise en pratique. Comme je suis entourée d’amour maintenant, c’est naturel pour moi de le partager.

Je précise, pour ceux qui n’ont pas lu mes autres écrits sur ce site : aimer les enfants, ce n’est en aucun cas la permission de bisouiller ou de câliner selon son désir d’adulte.

Les réactions étaient très intéressantes, notamment ce qu’il advenait des enfants qui ne l’expriment pas et auxquels on ne le dit pas : ne les aimons-nous pas ? J’ai répondu qu’au quotidien, je pense qu’ils sont assurés au moins de notre considération infaillible. Je ne généralise pas, je parle des équipes dans lesquelles j’ai travaillé. Mais il est vrai qu’un enfant peut se sentir mis à l’écart s’il n’ose rien dire.

Et les enfants qui ne nous aiment pas et le disent ? Je l’ai déjà entendu à mon encontre le « je t’aime pas toi, t’es méchante », chez les plus grands, à l’école notamment. Je ne réponds pas. Je continue à accompagner cet enfant. A peine quelques minutes plus tard, il a complètement oublié ce qu’il a dit et me laisse m’occuper de lui. Les émotions sont parfois fugitives et souvent intenses chez l’enfant. En tant qu’EJE, je les reçois et je les laisse s’exprimer. Je m’accorde le droit d’exprimer les miennes tant qu’elles ne sont pas blessantes.

Qu’en disent des « experts » ? Je connais un méchant personnage qui dit que dans la vie on a surtout besoin d’oxygène.

amour House

Une psychanalyste explique que l’amour ne suffit pas. Elle dit aussi que ça aide l’enfant à grandir.

Pour conclure :

« Aimons toutes les âmes comme si chacune était celle de son propre enfant. » Graham Greene.

Oui, j’ai modifié le début de la citation à cause du « il faut » proposé. J’ai des doutes sur la traduction.

Ce sujet est important pour moi. Ce monde manque cruellement d’amour et même d’oxygène ! Est aveugle ou dans le déni celui/celle qui ne remarque pas cette disparition inquiétante.

Encore un sujet tabou : l’argent.

refus-misere

Je lis souvent qu’un Éducateur de Jeunes Enfants quand il choisit d’exercer ce métier, ne le fait pas pour le salaire. Certes.

Mon avis a eu le temps d’évoluer depuis que je suis diplômée.

Personnellement, j’ai un rapport avec l’argent qui m’a donc conduite à ne pas avoir de vocation carriériste.

J’ai toujours voulu être utile. J’aurai bien été capable d’être bénévole à vie, alors que je ne me suis pas encore engagée dans le bénévolat. Je n’ai pas choisi une profession sur un critère de rentabilité, qui « paie bien ». J’ai d’ailleurs choisi un secteur qui souffrait déjà d’une répartition aléatoire en matière de poste…et par conséquent pas à l’abri du chômage. Je ne l’ai appris qu’en cours de formation.

Pour en revenir à la phrase qui commence ce billet : est-ce une raison pour accepter d’être aussi mal rémunérés ? Et pire de s’en contenter ? C’est sidérant de constater le montant des salaires des travailleurs sociaux en général. Celui des EJE est remarquablement bas. Il est aussi complètement disparate selon des critères que je ne maîtrise pas vraiment : entre la fonction publique, ses échelons et ses grilles indiciaires, la fonction hospitalière, le privé, l’associatif etc. Inégalité aussi entre les régions, pour tous les corps de métier. Il y a de quoi en perdre son latin !

Quelles explications à ces observations ? J’avoue que je ne fais que remarquer et être consternée. Le système nous conditionne à penser que c’est normal parce que « dans le social, on ne travaille pas pour l’argent« . Euh oui et on travaille pour quoi ? La gloire ? La solidarité ? L’égalité des chances ? Si mes valeurs sont les deux dernières propositions (solidarité et égalité des chances), je me bats pour les autres mais pas pour moi ?

Il parait qu‘il ne faut pas avoir un bac+5 pour faire faire des siestes et changer des couches…La phrase a fait grand bruit car elle montrait une méconnaissance du métier d’enseignant de maternelle : les enfants sont acceptés sans couche et les enseignants ne surveillent pas les siestes. Quoiqu’il en soit, des professionnels de la petite enfance se sont sentis un peu visés et dévalorisés. Dans le milieu de la petite enfance, le rôle des professionnels ne se résume pas du tout à changer des couches et à surveiller des siestes.

Le combat mené pour la demande de reconnaissance à bac+3 n’est que la partie immergée de l’iceberg du mécontentement ambiant et grandissant des travailleurs sociaux. La reconnaissance passera par la revalorisation des diplômes, donc des salaires. Mais quand ? Quand les poules auront des dents ?

L’argent est devenu une nécessité, c’est comme ça dans notre société. Le manque d’argent, me fait accepter des CDD précaires, des remplacements d’auxiliaires de puériculture, des temps partiels…Et pourtant, le besoin viscéral d’exercer mon métier, me fait aussi accepter ces CDD alors que je serai bien mieux indemnisée confortablement assise chez moi à ne rien faire ! Il faut savoir que travailler ne signifie pas gagner plus quand on est demandeur d’emploi. Actuellement je perds de l’argent en travaillant. Non, vous n’avez pas la berlue. Je suis sûre que cette situation est bien connue des personnes dans cette même situation. Cherchez l’erreur. Souvent je me demande si ce monde est sérieux…

@ctualisation : depuis peu, je travaille à plein temps, à mon grand bonheur. Bon, c’est un CDD dans une autre région (qualifiée de « chère » sans que la rémunération suive, bien sûr), mais j’aime exercer mon métier . J’ai fait ce choix, sans regrets. Pas pour l’argent, même si je râle déjà et que je serai la première à descendre dans la rue si besoin (non, en fait).

C’était le billet d’humeur, à peine un brin provocateur…

ici

Enfant précoce ? surdoué ? HPI ? génial ?

Je ne l’ai pas lu, mais voici une critique.

Un autre sujet qui me tient à cœur. Oui, bon, c’est le cas de tous les sujets de la Petite Enfance mais puisque l’amour, les émotions et les questionnements poussés ont mauvaise presse dans ce secteur…je dirai quand même que celui-ci me tient au cerveau, sans faire de jeu de mot. Le mien carbure et je n’ai pas encore trouvé le bouton off.

Cette spécificité est rarement, voire jamais, abordée dans les structures petite enfance. En effet, il est de meilleur ton d’attendre l’entrée à l’école pour éventuellement y penser. Et encore…vu le peu d’estime (voire le déni) que la précocité, le surdouement, le Haut Potentiel Intellectuel appelé HPI ou EPI pour les intimes, le génie-…j’en passe, -rencontrent en France en général, c’est souvent peine perdue et énergie gâchée que de se poser la question.

Le problème avec le mot « précocité » c’est qu’il veut tout dire et aussi n’importe quoi.  Chacun, dans son « home sweet home », a trouvé la parade à ce flou qui engendre de nombreuses incompréhensions. Ainsi, ils s’appellent : zèbre, zébrillon, déjanté, cygne, cygneau (!)… J’ai même découvert un site regroupant des HPI se comparant à des hyènes ! (introuvable depuis)

@jout 2018 : j’ai, depuis, lu et écouté de nombreuses personnes concernées et informées. J’ai ainsi découvert le terme hyper fonctionnant et je le trouve parfaitement adapté :

L’essentiel est de s’INFORMER avant de critiquer ou de se précipiter chez un spécialiste.

Pour resituer : « Surdoué, ça veut dire quoi ?

L’idée générale veut que toute personne surdouée présente un QI hors norme. 

Si les hauts potentiels se distinguent par un quotient intellectuel largement au-dessus de la moyenne (130 au minimum, contre 100 pour le commun des mortels), «posséder un QI élevé, n’est pas tellement être quantitativement plus intelligent, mais surtout avoir un fonctionnement intellectuel qualitativement très différent», précise Jeanne Siaud-Facchin.

Chez une personne surdouée, le nombre de connexions neuronales est beaucoup plus élevé. Le cerveau est ainsi dans un état permanent d’hyperactivité. Jeanne Siaud-Facchin parle de «tempête sous un crâne». Le cerveau droit étant privilégié, les surdoués se caractérisent par un traitement global et en images de l’information. Cette particularité est aussi le gage d’une intelligence intuitive, d’une grande créativité et d’une forte implication émotionnelle. »

La question a toute sa place, je pense, même avant 3 ans. Des enfants et parfois même des bébés donnent des signaux (!) très jeunes.

Évidemment sans formation, sans observation approfondie, il est plus fréquent de passer à côté. Même à l’école, encore de trop nombreux enfants aux capacités différentes ne sont pas décelés et grandissent sans connaître réellement leur potentiel…J’étendrai même ce constat à tous les enfants qui fréquentent l’école du 21ème siècle. J’avoue je suis loin d’être objective quand j’écris ça.

« Pendant longtemps la précocité intellectuelle a été gérée avec le handicap et c’est vrai que malheureusement bien des points sont similaires. Comme pour le handicap, un enfant intellectuellement précoce (EIP) a parfois du mal à être accepté, il subit souvent le regard des adultes et des enfants. Il parle de choses que les autres ne comprennent pas, il ne travaille pas comme le veut l’enseignant, il rejette les leçons qui n’ont pas de sens à ses yeux car certaines choses lui sont évidentes. Les parents doivent également se battre contre une institution qui a parfois du mal à accepter un diagnostic, qui ne sait pas toujours comment gérer ces enfants qui finissent avant tout le monde, s’ennuient, …

Mais un enfant précoce ce n’est pas un premier de la classe en tout, c’est aussi pour cela que les situations peuvent devenir difficiles. Avoir un cerveau de 2 à 6 ans en avance sur son âge mais un corps de son age, cela veut dire que la main a souvent du mal à suivre l’esprit et que c’est une souffrance pour l’enfant qui se retrouve sur son cahier en pattes de mouches… »

Pour une fois, je ne ferai pas de parallèle avec ma vie personnelle. Sur ce sujet, je reste bien trop subjective puisque concernée. Je peux juste dire que durant ses premières années, j’ai ‘psychoté’ sur le développement de mon fils au point de le croire, à tort, autiste. Puis, j’ai toujours entendu parler de lui comme d’un enfant singulier, original. A mon sens, tous les enfants sont différents et ils ont tous un potentiel qui mérite d’être éveillé dans le respect de leur développement. Certains enfants raisonnent différemment, c’est un fait scientifiquement prouvé et prouvable. Ils méritent autant d’attention que les autres, ni plus ni moins.

Il y a pléthore de  témoignages sur le net pour les personnes qui souhaitent en lire.

En conclusion, je suis convaincue que l’EJE repère ces enfants même s’il ne met pas forcément de mots sur ce qu’il observe. Ces enfants peuvent attirer l’attention ou passer totalement inaperçus. Il leur serait plus profitable d’être détectés le plus tôt possible afin qu’ils s’épanouissent au maximum et surtout qu’ils réalisent leur vie et non la vie de quelqu’un qui passe à côté de sa réelle personnalité. Guider les parents demandeurs ou qui s’interrogent fait partie de nos missions. Seul un psychologue est habilité à poser un diagnostic suite à des tests spécifiques et des entretiens.

« La précocité demande une attention accrue. Parfois, un accompagnement psychologique est également une aide précieuse, pour aider l’enfant à exprimer son potentiel et réussir tant au niveau personnel que professionnel. »

précocité
critique ici

 

Récréation 😉

« Aïe, il m’a mordu !!! »

Très dur à titrer et à rédiger ce billet !

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« Mon fils a mordu ! Ouh le vilain ! »

N’empêche j’ai eu honte quand il a mordu…c’était bête comme réaction. A chaque fois, il mordait des jolies petites filles…que devais-je comprendre ? Qu’elles étaient à croquer sans doute.

Il a mordu aussi quand il savait parler…je n’étais pas encore EJE, un peu désemparée mais avec l’intuition qu’il ne le faisait vraiment pas exprès.

Quand je l’allaitais, on m’avait dit : « ne l’embrasse jamais pendant qu’il tète, sinon il mordra ».

Ah. Trop tard.

Voilà donc, c’était de ma faute !! N’empêche, il ne m’a jamais mordue, moi sa mère ! Je ne l’ai pas mordu non plus.

Personnellement, je me suis fâchée à l’époque, pensez-donc, « c’est pas bien de mordre, non mais ! » Et surtout avec les réactions de l’entourage des mordues, c’était difficile de ne rien dire.

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Professionnellement, je me fâche aussi mais surtout, je réconforte le mordu et celui qui a mordu. Parce qu’il s’agit d’une pulsion et les pulsions rendent malheureux. Oui, un enfant se rend bien compte que celui qu’il a mordu a mal. Donc INUTILE de le mordre en retour ! J’explique qu’il y a d’autres moyens de s’exprimer et que faire mal, même non intentionnellement, c’est inacceptable.

Quand je vois des parents le faire, mon sang ne fait qu’un tour. J’en soupçonne certains de le faire exprès parce qu’ils savent ce que ça provoque en moi : colère et exaspération. D’ailleurs, si certains se reconnaissent, franchement, c’est débile. Je ne dirai rien de toute façon. Alors merci d’arrêter, c’est dans votre intérêt et celui de votre enfant.

L’avis de Martine Gercault, psychanalyste et psychothérapeute  : « Le bébé peut mordre pour défendre son territoire. »

Montrer les crocs devient une forme de langage quand un bébé se sent impuissant face à un agresseur potentiel, une décharge d’énergie pour se défouler et attirer l’attention. Si l’habitude devient chronique ou si le bébé se violente lui-même, on est souvent en présence d’autres problèmes sous-jacents : difficultés de propreté, de sevrage, séparation d’avec la mère ou découverte d’un nouvel univers paraissant hostile.

La réaction familiale est primordiale pour faire comprendre au jeune enfant que la bouche n’est pas uniquement un outil agressif dévorant mais également un organe porteur de baisers, de plaisir et de douceur. Selon Françoise Dolto, les bébés mordeurs éprouvent parfois pour d’autres enfants la même appétence que pour un sein gorgé de lait ! Plus tard, ils découvriront d’autres moyens d’exprimer leurs envies ou leurs besoins.

Pour résumer mon ressenti sur cette question :

la violence engendre la violence : répondre à une pulsion par une agression, c’est une sorte de malveillance.

Comme c’est à l’adulte de donner l’exemple, s’il mord en représailles, ne nous étonnons pas de la progression de l’agressivité ambiante.

 Et vous, qu’en pensez-vous ?

Le sommeil des enfants

la berceuse
Mon expérience

La question du sommeil m’a poursuivie de la naissance de mon fils jusqu’à aujourd’hui puisqu’en tant que professionnelle, j’y suis aussi confrontée. Au moins, mon expérience personnelle aura permis de comprendre les difficultés rencontrées par les familles. Je ne m’étalerai pas sur les galères ennuis rencontrés chez moi, tous parents (ou presque) font face à peu près aux mêmes problématiques.

Le commun des familles

D’après des statistiques, les troubles du sommeil sont une des causes de consultations récurrentes en pédiatrie. Je le confirme. On n’est pas tous égaux face au sommeil, chacun a son histoire avec lui. Les émotions me semblent avoir un impact important sur sa quantité et qualité.

Les troubles du sommeil peuvent avoir plusieurs types de causes :

  • des infections ORL (nez, gorge, oreilles) ou des troubles digestifs qui entraînent parfois des troubles du sommeil passagers ;
  • un non-respect du rythme naturel de l’enfant ou une irrégularité des horaires ;
  • une chambre inconfortable, un changement de lieu ou le non-respect des rituels du coucher ;
  • des difficultés familiales ou scolaires : par exemple les problèmes de couple des parents, ou la maladie de l’un d’entre eux ;
  • des problèmes dans la relation affective entre l’enfant et ses parents : par exemple, indifférence ou surprotection, parents anxieux ou trop rigides.
En EAJE

Quand j’ai compris le processus du sommeil, en formation, grâce à des lectures, et ensuite sur le terrain par des cas qui posaient questions…les temps de sieste en structures collectives sont devenus peu à peu plus sereins. Je suis passée par une sensation d’appréhension diffuse -que les enfants devaient ressentir, et inévitablement c’était le bazar- à une nécessité de calme bénéfique et attendu ! Une fois informée et donc réconciliée avec le sommeil, je me suis détendue, les enfants se sont détendus et nous avons tous mérité le temps de repos dont nous avions besoin.

Le projet pédagogique

Il est le support aux pratiques des professionnels.  Pour la majorité d’entre nous, le sommeil est un besoin personnel. Chaque enfant est respecté dans son individualité malgré la collectivité donc chaque enfant a un lit précis qui lui est attribué et qui ne change pas ou le moins possible. Le lit constitue un repère. Comme le groupe peut varier souvent selon les différents accueils, il est possible que deux enfants aient le même lit et soient présent en même temps. Il est proposé à l’enfant qui paraît le plus serein de changer de lit. Une continuité est ainsi instaurée auprès de l’enfant tout au long de la journée et particulièrement lors de l’accompagnement à la sieste. Du fait des contraintes de planning, la personne qui accompagne l’enfant à son coucher n’est pas toujours la même que celle qui sera présente à son réveil : les enfants sont prévenus.

Dormir

En structure collective, c’est une étape à part entière de la journée. C’est un moment de ressource. Pourtant pour certains enfants, il peut être source d’inquiétude. Se laisser aller à l’endormissement peut se vivre comme un rappel de la séparation avec leurs parents.

Il paraît donc essentiel de les accompagner de façon individuelle. Dans les premiers temps de l’accueil, les enfants ne réussissent pas tous à s’endormir. Ils peuvent rester dans la pièce de vie ( repos sur un tapis) ou alors être bercés dans une poussette. Il est nécessaire de ne pas précipiter les choses : petit à petit les enfants prennent confiance et s’endorment de plus en plus sereinement jusqu’à réussir à dormir dans une chambre. Avant d’accompagner un enfant dans son lit, la verbalisation de ce temps précis de la journée fait partie du rituel. Le fait d’anticiper peut lui permettre de terminer ce qu’il fait (son jeu) et de se préparer à ce qu’il se passe ensuite : aller se coucher. Un adulte reste dans la chambre pour veiller à ce que l’endormissement ne se fasse pas dans l’angoisse. Cela répond à un besoin de sécurité affective.

Il est capital de respecter le rythme et les rituels de chacun. C’est pourquoi les transmissions, les échanges avec les parents sont importants, ainsi que la présence des doudous, tétines voire boîte à musique…

De façon courante, les habitudes des enfants en structure collective sont différentes de celles de la maison. Le lieu n’est pas le même, les accompagnants sont différents…des rituels se créent entre professionnels et enfants, l’important est que l’enfant se sente bien et serein.

Le rythme des enfants

Il est aussi différent de celui de la maison : en structure collective, l’enfant évolue dans un espace où il y a plus de sollicitations, plus de mouvements, plus de bruit qu’à la maison. Là encore, le moment de proposer un temps de repos à l’enfant correspond aux observations des comportements de chacun. Il n’y a aucun intérêt à maintenir un enfant éveillé si celui-ci est fatigué. De même, ne pas réveiller un enfant qui dort est important. Il s’agit de ne pas couper son rythme de sommeil : s’il dort c’est qu’il en a besoin physiologiquement.

Ces choix sont, quelques fois, difficilement conciliables avec les demandes des parents. Pouvoir échanger avec les familles, essayer de comprendre ce que l’enfant vit en structure collective, à la maison et comment concilier les deux est primordial. Le respect de l’enfant passe dans l’observation de son comportement : les signes de fatigue amènent à proposer du repos. A l’inverse, à un enfant qui ne trouve pas le sommeil, il sera proposé de se lever. En tant qu’adulte, il n’y a pas de volonté de contrôle du sommeil des enfants : c’est un besoin physiologique. Les choix des professionnels sont assumés même face à la non-satisfaction de parents. Les professionnels de la petite enfance font ce qu’ils estiment être le mieux pour l’enfant. Ils s’adaptent aux besoins et y répondent autant que possible, toujours dans l’intérêt de l’enfant.

Voilà pour l’essentiel de la pratique concernant le sommeil des enfants accueillis en structure collective.

Mes réflexions

Intuitivement, je dirai que le sommeil de la petite enfance aura des conséquences sur celui à l’âge adulte. Parfois je me dis que si les français consomment autant de somnifères et d’anxiolytiques, la raison pourrait aussi bien se trouver dans leur rapport au sommeil quand ils étaient nourrissons et jeunes enfants.

En France, un enfant dort rapidement seul dans sa chambre. Je ne vais pas être objective en disant cela mais qu’est-ce que ça doit être angoissant pour un bébé d’avoir passé 9 mois dans un cocon, puis quelques jours ou mois à proximité de sa mère et d’un coup se retrouver seul dans un lit, parfois sans transition ! Je pense toujours à un abandon quand c’est évoqué dans une conversation par le fameux « il/elle fait enfin ses nuits, dans son lit et dans sa chambre ».

Le cododo ou co-sleeping

Controversé, peut-être parce que mal compris et mal mis en pratique, il me paraît permettre aux enfants d’être rassurés le plus longtemps possible et nécessaire, afin de ne pas faire d’eux des individus anxieux et angoissés.

Quand je dis le « temps nécessaire », c’est ce qui est bien pratique : l’enfant montrera quand il sera prêt. Il nous gênera, nous le gênerons et il sera temps qu’il ait sa propre chambre. ça peut sembler long comme ça peut être court. C’est en fonction de l’enfant, de son rythme et de ses besoins. On remarque déjà quand ils sont autonomes, le nombre de fois où ils rejoignent la chambre des parents. Ils gèrent leurs peurs. Le lit des parents devient le QG (quartier général) pour se ressourcer et au final ils s’en éloignent avec le temps.

Comme dit un proverbe français :  « le sommeil est la moitié de la santé » … ça vaut le coup d’y être attentif dès l’enfance.

Liens pour aller plus loin :  

laisser les enfants pleurer la nuit

SIESTO 500, l’ami des mamans

le-sommeil-des-bebes

« Tout juste arrivé de sa planète utérine, un nouveau-né nage en plein décalage horaire ! Il ne se soucie pas encore de l’alternance des jours et des nuits. Il lui faudra plusieurs mois pour mettre sa pendule du sommeil à l’heure  » terrienne « . Ce livre vous donne les clés pour comprendre le curieux sommeil de votre bébé. Il vous aidera à supporter les nuits sans sommeil de ses premiers mois avec plus de philosophie, à trouver les mots qui rassurent après un cauchemar, à réagir face à un petit récalcitrant qui refuse de se coucher ou se réveille sans arrêt. Des nuits calmes en perspective pour toute la famille ! »

C’est le pied ! mais comment ça marche ?

Les pieds des bébés selon le métier d’éducateur de Jeunes Enfants :

Pieds nus !!!

Je partage l’avis de kinésithérapeutes sur la question des pieds des enfants : nus ou pas ?

Oui, pour l’aspect sensitif : le pied nu apporte des informations tactiles, de la connaissance. Le pied va ainsi rencontrer le chaud, le froid, le rugueux, le doux, un obstacle ou pas. C’est l’adaptation du corps à l’environnement grâce à cette expérience du toucher par le pied. Il permet une action sensitivo-motrice et contribue à l’acquisition progressive du schéma corporel.

Pour l’aspect mobilité : dans la chaussure, le pied forme un tout, l’articulation de la cheville et toutes les articulations du pied sont immobilisées. Lorsque le pied est nu, les articulations sont mobiles et permettent un travail musculaire totalement complet et donc fondamental dans la motricité et les différents apprentissages (par exemple la marche).

Le port des chaussures trop tôt avant que la marche assurée soit acquise peut avoir une influence néfaste sur l’adaptation à la position debout dans la vie d’adulte (ex : de nombreuses rééducations). La chaussure empêche ou limite la flexion dorsale (orteils vers le haut) qui est nécessaire dans la marche. Des réactions en chaîne de mauvaises postures peuvent ainsi s’installer et provoquer des douleurs.

La main est un outil du développement de l’intelligence. Le pied nu est aussi l’outil qui permet à l’enfant d’être mobile, actif, prudent, curieux, libre, à l’aise… Pied nu, il lui est possible de pousser sur les orteils pour avancer, se positionner, le pied le stabilise dans ses postures (avec des chaussettes, ça glisse !). »

Puisque le sujet c’est le pied, je ne résiste pas à la tentation de partager l’avis d’une psychomotricienne sur le youpala/trotteur :

youpala

« Le youpala ne présente aucun intérêt dans l’acquisition de la marche de l’enfant. Car la marche est un long processus physiologique qui s’acquiert par étape. »

Pour marcher, il faut d’abord que votre enfant puisse tenir en équilibre sur ses deux pieds. Avant de s’élancer vers la bipédie, l’enfant passe naturellement par l’expérimentation de diverses postures au sol: le ramper, le quatre pattes…

Au cours de ces étapes, il expérimente ses points d’appuis corporels: Comment au gré de chaque déplacement, il met en déséquilibre son corps et surtout comment il le rééquilibre pour avancer. Notamment, au cours de ses déplacements à quatre pattes, l’enfant explore la coordination de ses jambes et de ses bras, alternance que l’on retrouve aussi dans la marche. C’est naturellement, sûr de ces appuis et du maturissement physiologique de ses muscles, de ses articulations, que votre enfant se mettra debout en s’appuyant sur les objets de la maison: pied de table, canapé… 

Il expérimente déjà, la position de son centre de gravité, nécessaire à la bipédie, avant de s’élancer de manière autonome. Avancer un pied devant l’autre est un acte déséquilibrant, nécessitant en permanence d’être rééquilibrer : d’où l’importance des assises posturales des pieds, des jambes et du bassin, explorées par l’enfant, lors de ses déplacements au sol.

 

La marche assistée par le youpala : quels impacts sur la posture et l’acquisition de la marche ?

Mettre l’enfant debout de manière assistée ne permet pas l’exploration des appuis plantaires (pieds) et posturaux (bassin et colonne vertébrale). La mise prématurée à la station debout, se fait souvent en inadéquation avec le développement musculaire de l’enfant.

L’enfant est souvent suspendu dans son trotteur, se déplaçant avec l’impulsion de ses orteils plutôt qu’avec celle de ses talons. Cela ne permet pas la synergie des articulations des chevilles, des genoux et du bassin. De même, les roues donnent un faux rythme au déroulement de la marche. Celui-ci ne pouvant pas gérer le mouvement « d’équilibre-déséquilibre » nécessaires pour avancer un pied devant l’autre. Les difficultés de coordination peuvent ainsi davantage se manifester. Dans un youpala, l’enfant n’expérimente pas les points d’appuis posturaux nécessaires à la station debout et à la marche: il s’appuie peu sur ses jambes.

Mon enfant ne marche toujours pas, quand dois-je m’inquiéter et que faire ?

La marche s’acquiert entre 12 et 18 mois. Elle dépend du développement neurologique, musculaire mais aussi psychologique : se détacher et prendre son envol pour se déplacement au risque de tomber et de se relever. L’acquisition de la marche dépend donc du rythme d’évolution personnel de votre enfant. Certains enfants se développent par « secteur », étant plus moteur ou plus dans le langage ou combinant les deux à la fois. L’authenticité développementale de votre enfant doit être prise en compte avant de vous inquiéter.

Les consultations régulières avec votre pédiatre (ou médecin généraliste) vous permettront de faire le point quant à l’acquisition de la marche de votre enfant : maturité physiologique des muscles, maturité psychique de votre enfant (s’élancer, gérer les diverses sensations provoquées par les mouvements de déséquilibre-équilibre…) N’hésitez pas à le solliciter pour échanger sur vos inquiétudes. Si votre pédiatre constate ou s’inquiète du retard que peut avoir votre enfant, il peut vous conduire à d’autres consultations complémentaires et plus spécialisées (Médecin de médecine Physique et de Réadaptation ou psychomotricien si un retard de développement psychomoteur général est associé).

De votre côté, pour maximiser l’acquisition des points d’appuis corporels de votre enfant, n’hésitez pas à jouer au sol avec lui, de le faire se déplacer pour aller chercher des objets, de le faire venir vers vous grâce à ses propres moyens : ramper, quatre pattes ou autres techniques qu’il aura développé tout seul. Ne le sollicitez pas trop car il est vite fatigable et surtout restez dans le plaisir du jeu. »

Mon avis personnel a peu d’intérêt. Mon avis professionnel est le suivant : le seul endroit où j’ai trouvé que c’était judicieux et même nécessaire d’aider un enfant à être en position debout est l’Institut d’Éducation Motrice. Grâce au déambulateur, des enfants qui ne marcheront jamais de façon autonome connaissent tout de même les sensations de la marche et de la verticalité.